RFK Jr. veut sevrer l'Amérique des antidépresseurs : quand la politique s'invite dans les ordonnances

Le secrétaire américain à la Santé pousse activement à réduire la prescription des ISRS. Une réunion privée avec des professionnels de santé mentale pour bâtir un guide de déprescription. Derrière l'anecdote US, un vrai signal pour nos pratiques officinales.

Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé de l'administration Trump, ne fait pas dans la dentelle. Selon STAT News, le HHS (Health & Human Services) a réuni discrètement des professionnels de santé mentale pour élaborer un guide clinique de sevrage aux antidépresseurs ISRS. L'objectif affiché : aider les Américains à arrêter leurs traitements.

On parle de 45 millions de personnes sous antidépresseurs aux États-Unis. Le marché des ISRS représente des milliards de dollars. Et là, c'est l'exécutif lui-même qui pilote une démarche de déprescription de masse. Du jamais vu à ce niveau institutionnel.

Pourquoi ça nous concerne en France ? Plusieurs raisons.

Premièrement, la France est l'un des plus gros consommateurs d'antidépresseurs en Europe. La déprescription des psychotropes est un sujet qui monte aussi chez nous, porté par la HAS et certaines CPTS. Le mouvement de fond existe, même si l'exécutif français n'y met pas (encore) la même charge idéologique.

Deuxièmement, nos patients sont connectés. Ils voient ces infos circuler sur les réseaux. Certains vont arriver au comptoir avec des questions, voire avec l'envie de stopper leur traitement sur la foi d'un tweet de Kennedy. Ton rôle de conseil pharmaceutique va être sollicité.

Troisièmement, l'arrêt brutal des ISRS, c'est un syndrome de discontinuation potentiellement sévère : vertiges, paresthésies, irritabilité, insomnie. C'est documenté, c'est réel, et ça finit souvent à l'officine ou aux urgences. Le pharmacien est la première ligne d'interception.

La règle d'or : jamais d'arrêt sec d'un ISRS sans plan de décroissance médicalement supervisé. Si un patient t'en parle, oriente-le vers son prescripteur. Ne valide pas une automédication de sevrage, quel que soit l'argument.

Sur le fond, la démarche de déprescription raisonnée n'est pas absurde en soi : certains patients sous ISRS depuis des années n'en ont peut-être plus besoin. Mais ça se fait case by case, avec un suivi, pas sous pression politique.

Demain matin : si un patient te parle d'arrêter ses antidépresseurs parce qu'il a vu passer l'info, écoute-le, rassure-le, et renvoie-le vers son médecin avec un message clair sur les risques du sevrage non encadré.

Source : STAT News