Virus et maladies chroniques : le lien EBV-SEP change tout pour la R&D

Et si certains virus étaient des déclencheurs silencieux de maladies chroniques ? Le lien entre le virus Epstein-Barr et la sclérose en plaques ouvre une piste vaccinale inédite. La recherche s'emballe, et les implications cliniques sont immenses.

On savait qu'un virus pouvait provoquer un cancer. On découvre maintenant qu'un virus peut déclencher une maladie auto-immune chronique. L'Epstein-Barr virus (EBV) est au coeur de cette révolution scientifique qui rebat les cartes de la R&D en neurologie.

Le dossier EBV-SEP a pris une dimension considérable en 2022 avec une étude menée sur plus de 10 millions de jeunes soldats américains suivis entre 1993 et 2013. Résultat : l'infection par EBV multipliait par 32 le risque de développer une sclérose en plaques. Un signal épidémiologique d'une puissance rare.

EBV n'est pas un inconnu. C'est le virus de la mononucléose infectieuse, cette "maladie du baiser" que tu as probablement vue défiler au comptoir. 95% de la population adulte mondiale est séropositive. Pourtant, seule une fraction développe une SEP. L'hypothèse : EBV activerait, chez des individus génétiquement prédisposés, une réaction auto-immune dirigée contre la myéline.

Les implications pour la R&D sont majeures. Plusieurs laboratoires travaillent activement sur des vaccins anti-EBV. Moderna a lancé un programme ARNm contre EBV. Si un vaccin préventif se révèle efficace, il pourrait théoriquement réduire l'incidence de la SEP. C'est vertigineux.

Au-delà de la SEP, le concept de "virus déclencheur de maladie chronique" s'élargit. L'implication d'EBV dans certains lymphomes est connue depuis 1964. D'autres virus sont à l'étude dans des pathologies aussi diverses que la sclérodermie, certaines thyroïdites, ou la maladie de Crohn.

Pour toi en officine, deux impacts pratiques dès maintenant. D'abord, tes patients SEP vont te poser des questions sur ce lien : arme-toi pour y répondre sans extrapoler. Ensuite, surveille le pipeline vaccinal anti-EBV : si un candidat passe en phase 3 concluante, le comptoir officinal sera en première ligne pour la dispensation et le conseil.

Ce que ça change au comptoir demain matin ? Pas de modification de ta pratique immédiate. Mais comprendre qu'un virus banal peut être l'origine d'une maladie chronique lourde, c'est comprendre pourquoi la prévention vaccinale est toujours le meilleur investissement de santé publique. Un argument de plus pour convaincre tes patients récalcitrants.

Source : Le Moniteur des Pharmacies