Merck arrête un antibiotique clé contre les superbactéries. On devrait tous s'inquiéter.
Merck vient de retirer du marché américain Recarbrio, un antibiotique de dernier recours contre les bactéries multirésistantes. Une décision commerciale aux conséquences potentiellement graves pour la lutte mondiale contre l'antibiorésistance, qui concerne aussi directement les officines françaises.
Un labo qui arrête un antibiotique contre les superbactéries par choix commercial. C'est exactement le scénario que les infectiologues redoutent depuis des années.
Merck vient d'annoncer l'arrêt de Recarbrio aux États-Unis. Ce médicament, une association imipénem-cilastatine-relebactam, était l'un des rares antibiotiques disponibles contre les entérobactéries productrices de carbapénémases (EPC) et les bactéries Gram-négatif multirésistantes. Ces souches, c'est le cauchemar des services de réanimation et des infectiologues.
La décision choque d'autant plus que la résistance aux antibiotiques est en progression constante. L'OMS classe les EPC parmi les pathogènes prioritaires les plus critiques. Et là, un acteur majeur choisit de sortir du marché malgré les alertes répétées sur le vide thérapeutique que ça crée.
Pourquoi Merck abandonne ? La source STAT News ne donne pas de détail chiffré, mais le signal est clair : la rentabilité d'un antibiotique de niche hospitalière ne justifie pas, aux yeux du groupe, le maintien de la production. C'est précisément la faille structurelle que les économistes de santé signalent depuis 20 ans : le modèle économique du médicament est incompatible avec le développement d'antibiotiques.
Pour un pharmacien français, c'est quoi l'impact ? Recarbrio n'était pas distribué en France sous ce nom. Mais le signal envoyé est universel. En France, les carbapénèmes et autres antibiotiques de dernier recours sont déjà en tension régulière. L'ANSM gère des ruptures d'antibiotiques critiques chaque année. Chaque retrait international fragilise un peu plus la chaîne d'approvisionnement mondiale.
La vraie question, c'est : qui va investir dans les prochaines molécules si même un géant comme Merck jette l'éponge sur les antibiotiques existants ? Des initiatives existent en Europe, notamment via le règlement HERA et les incitations à la R&D antibiotique, mais elles avancent lentement.
Demain au comptoir : quand ton patient te demande pourquoi son antibiotique est en rupture, cette news résume en une phrase pourquoi c'est structurel, pas conjoncturel. Et ça ne va pas s'arranger tout seul.
Source : STAT News