Numerus apertus 2026-2030 : 94 095 soignants à former, et les pharmaciens ?

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Un arrêté du 16 octobre 2026 fixe à 94 095 le seuil minimal de professionnels de santé à former sur cinq ans. Derrière ce chiffre global, la démographie officinale reste sous tension : comprendre le calibrage pharmacie, c'est anticiper tes recrutements et ta valeur de cession.

Contexte

Publié au Journal officiel le 20 octobre 2026, l'arrêté du 16 octobre 2026 définissant les objectifs nationaux pluriannuels de professionnels de santé à former pour la période 2026-2030 s'appuie sur l'article L. 631-1 du code de l'éducation. Il fixe un plancher global de 94 095 places en médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique. Ce texte succède au numerus clausus, supprimé en 2020 et remplacé par un numerus apertus modulable par filière et par université. Pour la pharmacie, la réforme de 2020 avait déjà redistribué les cartes : la PACES a disparu, le PASS et la LAS ont multiplié les voies d'entrée, et les effectifs entrants en filière pharmacie ont progressé dans plusieurs UFR. Conséquence directe pour le réseau officinal : le flux annuel de diplômés influence à moyen terme la densité du marché, les coûts salariaux, et la valorisation des officines lors d'une cession ou d'un rachat. Le réseau officinal français reste significatif en nombre d'établissements actifs, et chaque variation de l'offre de jeunes diplômés se répercute sur la tension RH que tu vis au quotidien et sur la pression concurrentielle à l'installation.

Analyse business

L'arrêté ne ventile pas publiquement le seuil par filière dans le résumé disponible : les sources ne donnent pas la décomposition précise entre médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique pour les 94 095 places. Ce point est important à retenir avant tout calcul. En revanche, les tendances structurelles sont documentées ailleurs.

Premier enjeu : la tension RH officinale. La Fédération des syndicats pharmaceutiques (FSPF) et l'Ordre national des pharmaciens signalaient dès 2024 une pénurie croissante de pharmaciens adjoints dans les zones rurales et semi-rurales, avec des postes vacants plusieurs mois. Un numerus apertus trop resserré en pharmacie prolonge cette tension ; un seuil trop ouvert crée à terme une pression à la baisse sur les salaires et sur la valorisation des officines.

Deuxième enjeu : la valeur de cession. Le prix d'une officine s'exprime traditionnellement en proportion du chiffre d'affaires hors taxes, selon des pratiques de valorisation propres à la profession, et le détail chiffré dépend du volume de chaque officine. Plus le marché compte de candidats à l'installation, plus la concurrence à l'achat monte et soutient les prix. Une démographie restreinte jouait donc, paradoxalement, en faveur des cédants.

Troisième enjeu : le contrat d'engagement de service public (CESP), dont un arrêté du même jour fixe le modèle type. Ce dispositif, qui verse une allocation mensuelle à l'étudiant en échange d'un exercice dans une zone définie par l'ARS, à l'installation ou à la prise de fonctions, concerne aussi la pharmacie. Si davantage d'étudiants signent un CESP pharmacie, certaines zones définies par l'ARS pourraient voir arriver davantage de pharmaciens, installés ou adjoints, modifiant la géographie commerciale locale.

Quatrième point : le calendrier. La période 2026-2030 signifie que les premiers diplômés issus de ces cohortes calibrées n'arriveront sur le marché qu'à partir de 2031 au plus tôt pour les admis en deuxième année en 2026, et de 2032 pour les entrants en PASS ou LAS en 2026. L'impact RH direct est donc différé de cinq à six ans. La tension actuelle sur les recrutements ne se résoudra pas avant 2031 au plus tôt.

Recommandations actionnables

1. Suis la ventilation par filière. L'arrêté global ne donne pas le chiffre pharmacie seul : surveille la publication des arrêtés universitaires et les données de l'Ordre des pharmaciens (rapport annuel démographique) pour connaître le flux réel de diplômés attendu d'ici 2030.

2. Anticipe ton plan de recrutement à 3 ans. Si la tension RH dure jusqu'en 2031 minimum, sécurise tes adjoints par des contrats attractifs dès maintenant. Le coût d'un poste vacant (heures supplémentaires, intérim) dépasse souvent une revalorisation salariale préventive.

3. Vérifie ton éligibilité au CESP. Si ton officine est en zone sous-dense ou fragile, accueillir un étudiant sous CESP en stage long peut te permettre de fidéliser un futur adjoint avant même son diplôme. Renseigne-toi auprès de ton ARS et de l'UFR de pharmacie locale.

4. Intègre la démographie dans ta stratégie de cession. Un marché encore tendu en candidats à l'installation jusqu'en 2031 au plus tôt soutient les valorisations : si tu envisages de céder, la fenêtre actuelle reste favorable.

5. Surveille les CESP pharmacie dans ta zone. L'arrivée à proximité d'un pharmacien sous CESP, installé ou adjoint, peut modifier ton bassin de clientèle : anticipe plutôt que de subir.

Sources citées