Le saviez-vous ? On mesurait la profondeur du coma avec une plume

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Avant les échelles neurologiques modernes, les médecins testaient la conscience de leurs patients avec ce qu'ils avaient sous la main. Une plume, un bout de fil, parfois une allumette. Et ça a duré bien plus longtemps qu'on ne le croit.

Imagine un médecin au chevet d'un patient inconscient, au milieu du XIXe siècle. Pas de scanner, pas de Glasgow Coma Scale, pas d'électroencéphalogramme. Pour savoir si le patient était encore "là", il sortait une plume de sa poche et la tendait devant la bouche et le nez du malheureux.

Le principe était simple : si la plume bougeait, le patient respirait encore. Si elle restait parfaitement immobile, il fallait s'inquiéter. Cette technique, appelée test de la plume ou test du miroir dans certains pays, était décrite dans des manuels médicaux sérieux jusque dans les années 1880. Des médecins respectables la recommandaient à leurs étudiants sans la moindre ironie.

Mais voilà le twist : ce test était utilisé non seulement pour évaluer la conscience, mais aussi pour certifier la mort. Et c'était un vrai problème, parce que des respirations très superficielles, notamment lors de comas éthyliques profonds ou d'intoxications à l'opium, ne déplaçaient pas toujours la plume. Des patients vivants ont ainsi été déclarés morts, ce qui explique en partie la terreur populaire de l'époque d'être enterré vivant.

Cette panique était tellement répandue que des inventeurs déposaient des brevets pour des cercueils dotés de cloches et de cordes, au cas où. Le journaliste américain Edgar Allan Poe en faisait un thème obsessionnel dans ses nouvelles, et ce n'était pas que de la fiction. Les archives hospitalières de Paris et de Londres signalent plusieurs cas de « morts » revenus à eux avant la mise en bière.

Aujourd'hui, l'échelle de Glasgow, créée en 1974 par deux neurologues écossais, évalue la réponse oculaire, verbale et motrice du patient en quelques secondes. Elle est utilisée dans tous les services d'urgence du monde. La plume, elle, est restée dans la trousse à couture. Et les pharmaciens qui dispensent des benzodiazépines ou des opioïdes savent très bien à quel point surveiller la profondeur d'une sédation reste, encore aujourd'hui, une question de vie ou de mort.