Le saviez-vous ? La première greffe de thyroïde venait d'un chien

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Au XIXe siècle, retirer la thyroïde tua des milliers de patients étouffés par leur propre corps. Un chirurgien suisse eut alors une idée folle : transplanter la glande d'un chien dans le cou d'un homme. Et ça faillit marcher.

En 1878, l'ablation de la thyroïde était une condamnation à mort déguisée en opération. Les patients survivaient à la chirurgie, puis mouraient quelques semaines plus tard de convulsions, de crampes atroces et d'étouffement progressif. Les médecins appelaient ça la "tétanie post-opératoire" et n'en comprenaient absolument pas la cause.

Le chirurgien suisse Theodor Kocher, installé à Berne, opérait les goitres énormes qui défiguraient et asphyxiaient ses patients. Il réalisait les ablations les plus propres d'Europe, avec une précision d'horloger, et pourtant ses opérés mouraient quand même. En 1883, il publia une observation glaçante : sur 34 patients thyroïdectomisés, la quasi-totalité présentait des signes de "crétinisme opératoire", un ralentissement total des fonctions vitales. La thyroïde, dont personne ne savait encore ce qu'elle fabriquait, était donc indispensable à la vie.

Le twist arrive en 1883, justement, côté français. Le physiologiste Moritz Schiff, installé à Genève, eut l'idée de greffer un fragment de thyroïde de chien sous la peau d'un patient dont on venait d'enlever la glande. Le greffon tint quelques semaines, les symptômes reculèrent, puis la greffe fut rejetée. Insuffisant, mais révélateur : la glande sécrétait quelque chose de vital qu'on pouvait peut-être remplacer de l'extérieur.

Ce "quelque chose" fut isolé en 1914 seulement. Edward Kendall, chimiste américain, cristallisa la thyroxine pure depuis des tonnes de tissu thyroïdien bovin. Le premier traitement hormonal substitutif de l'histoire médicale moderne était né, et il venait d'un abattoir.

Aujourd'hui, la lévothyroxine est l'un des médicaments les plus délivrés au comptoir en France, des millions de boîtes chaque année. Chaque comprimé avalé le matin à jeun est l'héritier direct d'un chien de laboratoire genevois et d'un chirurgien suisse qui ne comprenait pas pourquoi ses patients mouraient si bien opérés.