Le saviez-vous ? On traitait les fractures ouvertes avec de la térébenthine bouillante
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Pendant des siècles, verser de l'huile bouillante sur une plaie de guerre était considéré comme un geste salvateur. Un chirurgien militaire du XVIe siècle a tout changé par accident, une nuit de bataille où il avait épuisé ses réserves. Ce soir-là, la chirurgie moderne a fait son premier pas.
On est en 1537, sur le champ de bataille de Turin. Les arquebuses crèvent les rangs, les blessés s'entassent. Le chirurgien militaire Ambroise Paré court partout avec son pot d'huile de sureau bouillante, qu'il verse généreusement sur les plaies par balle. La doctrine du moment est formelle : les blessures par arme à feu sont empoisonnées par la poudre, et seule la cautérisation à l'huile bouillante peut «purifier» les chairs.
Sauf que ce soir-là, Paré manque d'huile. Il n'a plus rien. Alors il improvise un mélange de jaune d'œuf, d'huile de rose et de térébenthine froide, qu'il applique faute de mieux sur les blessures restantes. Il s'endort persuadé d'avoir condamné ces soldats.
Le lendemain matin, le twist : les patients traités à l'huile bouillante ont la fièvre, des plaies enflammées, des visages déformés par la douleur. Ceux qui ont reçu le mélange froid dorment paisiblement, leurs plaies propres et peu enflées. Paré note tout. Il ne reversa plus jamais d'huile bouillante sur une blessure.
Cette nuit accidentelle a posé la première pierre de la chirurgie douce. Paré invente ensuite la ligature des artères pour remplacer le fer rouge, révolutionne le traitement des amputations et jette les bases de l'antisepsie, deux siècles avant Lister. Sa formule restera célèbre : «Je le pansai, Dieu le guérit.»
Aujourd'hui, quand un patient arrive au comptoir avec une plaie surinfectée après un pansement maison discutable, l'histoire d'Ambroise Paré rappelle que le principe de «primum non nocere» est né d'une pénurie de matériel un soir d'automne en Italie du Nord. Parfois, ne rien faire de brutal est déjà le meilleur traitement.