Le saviez-vous ? On guérissait les maladies de peau en portant des grenouilles mortes

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Pendant des siècles, les grenouilles n'ont pas servi qu'à faire des cuisses au beurre. En Europe comme au Moyen-Orient, elles étaient le remède officiel contre les verrues, l'eczéma et les éruptions cutanées. Et la méthode d'application était... mémorable.

Imagine le tableau : un patient se présente chez son apothicaire avec une belle verrue sur le doigt. Le praticien hoche la tête, plonge la main dans un bocal, et en ressort une grenouille fraîchement sacrifiée. Il la frotte vigoureusement sur la verrue. Plusieurs fois. Sans sourciller.

Cette pratique, documentée dans les textes médicaux européens du XVe au XVIIIe siècle, n'était pas un remède de charlatan de foire. Elle figurait dans des ouvrages sérieux, recommandée par des médecins respectés. On croyait que la peau humide et froide de la grenouille absorbait la « chaleur morbide » à l'origine des éruptions, selon la théorie des humeurs héritée de Galien.

En Angleterre, la variante était encore plus pittoresque : on fendait la grenouille en deux et on appliquait la chair directement sur la lésion, comme un emplâtre amphibien. Dans certaines régions de France, on enterrait ensuite la grenouille au pied d'un arbre, convaincu que la maladie mourrait avec l'animal en se décomposant.

Le twist, c'est que cette pratique n'était pas totalement absurde. Les sécrétions cutanées de certaines espèces de grenouilles contiennent des peptides antimicrobiens, des molécules capables de tuer certaines bactéries et champignons. La grenouille tigrine, notamment, produit des composés étudiés aujourd'hui en pharmacologie comme antibiotiques naturels.

Les chercheurs du début des années 2000 ont isolé plusieurs dizaines de ces peptides actifs à partir de sécrétions de grenouilles tropicales. Certains sont en cours d'essais cliniques comme alternatives aux antibiotiques conventionnels face aux résistances bactériennes. Autrement dit, ce que l'apothicaire du XVIe siècle faisait sans le savoir, les laboratoires l'étudient très sérieusement aujourd'hui. La grenouille a peut-être encore quelque chose à nous apprendre.