Le saviez-vous ? La première banque de lait humain fonctionnait dans une brasserie
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En 1909, un pédiatre viennois a eu l'idée saugrenue de collecter du lait maternel pour sauver les nourrissons sans mère. Il a installé sa « laiterie » dans une brasserie. Et ça a marché.
Vienna, 1909. Un médecin du nom de Heinrich Finkelstein se retrouve face à un drame silencieux : des centaines de nourrissons meurent chaque année faute de lait maternel. Les mères décèdent en couches, tombent malades, ne peuvent pas allaiter. Et le lait de vache tue autant qu'il nourrit, à cause des contaminations bactériennes.
Finkelstein a une idée audacieuse : et si on collectait le lait des femmes qui en ont trop, pour le donner à celles qui n'en ont pas ? Il ouvre la première banque de lait humain du monde, appelée à l'époque Frauenmilchsammelstelle, soit « centre de collecte de lait de femme ». Pas très glamour comme nom. Et pour l'héberger, faute de mieux, il choisit une brasserie locale qui dispose de cuves réfrigérées.
Le twist : les femmes étaient rémunérées pour leur don. Certaines venaient vendre plusieurs fois par semaine, comme on vendrait du lait à la ferme. La transaction était officielle, tarifée, et encadrée médicalement. Les économistes de l'époque appelaient ça, sans rire, le « marché du lait humain ».
Boston suit en 1910, puis le monde entier emboîte le pas. Les banques de lait se multiplient dans les années 1920 et 1930. On pasteurise, on standardise, on classe par teneur en graisses. Une vraie industrie pharmaceutique du vivant, soixante ans avant que la biotechnologie n'existe.
Aujourd'hui, la France compte une quarantaine de lactariums, terme officiel depuis 1947. Ils fonctionnent toujours sur le même principe, don bénévole et pasteurisation rigoureuse en plus. Le lait y est prescrit sur ordonnance pour les grands prématurés en réanimation néonatale. Ce qui a commencé dans des cuves à bière est devenu un pilier de la néonatologie moderne, et certains pharmaciens hospitaliers gèrent encore ces stocks précieux au quotidien.