Le saviez-vous ? On détectait les cancers du sein en pressant avec les doigts

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Pendant des siècles, l'examen clinique du sein se résumait à deux mains et beaucoup d'intuition. Mais le vrai scandale, c'est ce que les médecins faisaient ensuite avec ce qu'ils trouvaient. Une histoire qui dit beaucoup sur la place des femmes dans la médecine.

Pendant plus de deux millénaires, le cancer du sein était diagnostiqué uniquement au toucher. Hippocrate en parle déjà au Ve siècle avant notre ère, et il l'appelle "karkinos", le crabe, parce que les veines gonflées autour d'une tumeur lui font penser à des pattes d'arthropode. Pas si bête comme image, finalement.

Le problème, c'est que les médecins attendaient que la tumeur soit suffisamment grosse pour être palpable à travers les vêtements. La pudeur de l'époque interdisait souvent l'examen direct. Résultat : on diagnostiquait presque exclusivement des stades avancés, avec des plaies ouvertes ou des rétractions visibles à l'œil nu.

Le vrai twist est là : pendant des siècles, la thérapie recommandée pour un cancer du sein découvert trop tôt était... de ne rien faire. Les médecins grecs, puis romains, puis arabes, tous s'accordaient sur un point : opérer une tumeur "froide" sans ulcération risquait de réveiller la maladie. Mieux valait laisser le corps trouver son équilibre par les humeurs. Galen, au IIe siècle, écrit noir sur blanc que la chirurgie ne guérit pas, elle accélère.

Il a fallu attendre le XVIIe siècle pour que le chirurgien français Wilhelm Fabry, dit Fabricius Hildanus, propose une mastectomie systématique, en liant l'artère axillaire pour limiter le saignement, une innovation considérable pour l'époque. Mais sans anesthésie, sans antisepsie, la survie à l'opération elle-même restait aléatoire.

La mammographie, elle, n'arrive qu'en 1913, avec les travaux de l'Allemand Albert Salomon sur plus de 3 000 pièces opératoires. Et le dépistage organisé ne devient réalité en France qu'en 2004, soit près de 2 500 ans après Hippocrate.

Aujourd'hui, la palpation reste recommandée dans l'auto-examen mensuel, et le pharmacien est souvent le premier interlocuteur d'une patiente inquiète. Deux millénaires de médecine, et le dialogue au comptoir garde toute son importance.