49 milliards de CA, mais les officines saignent : le paradoxe est officiel

Le marché officinal atteint un niveau historique en 2026. Pourtant, une large partie du réseau est en difficulté économique. Chiffres records et réalité du terrain ne racontent pas la même histoire.

49 milliards d'euros. C'est le chiffre lâché par le GERS Data cette semaine lors de son webinaire annuel. En six ans, le marché officinal a bondi de 36 à 49 milliards. Impressionnant sur le papier.

Et pourtant. David Syr, directeur général du GERS Data, a lui-même posé les mots : « l'économie des officines est dans le dur pour une grande partie d'entre elles. » Ce n'est pas un syndicat qui parle. C'est l'organisme qui compile les données de vente du réseau.

Comment on explique ce paradoxe ? Facilement. La croissance du marché est tirée par quelques locomotives : les GLP-1, les médicaments onéreux à dispensation spécialisée, les spécialités de rhumatologie ou d'oncologie. Des produits avec des marges officinales ridiculement basses au regard de leur prix fabricant. Le CA grossit, la rémunération ne suit pas.

L'honoraire de dispensation est plafonné. La marge dégressive lissée (MDL) est écrasée sur les spécialités à prix élevé. Résultat : une officine qui dispense un biologique à 2 000 euros ne gagne pas 20 fois plus qu'une qui dispense un générique à 5 euros. Loin de là.

Ajoutons à ça l'inflation des charges — énergie, masse salariale, loyers — qui n'a pas attendu que les marges remontent pour accélérer. Et la démographie qui se concentre : moins d'officines, plus de volume par structure, mais pas forcément plus de rentabilité par pharmacien.

Le maillage territorial se resserre lui aussi (voir l'actu démographique de l'Ordre cette semaine). Moins de titulaires, plus d'adjoints, des regroupements qui s'accélèrent. Ce n'est pas un réseau qui se porte bien. C'est un réseau qui se réorganise sous contrainte.

Ce que ça change au comptoir demain matin : rien d'immédiat, justement. Et c'est le problème. Les chiffres macro flatteurs risquent de servir d'argument aux pouvoirs publics pour repousser toute revalorisation conventionnelle. Si le GERS annonce 49 milliards, il va falloir être très précis dans les négociations pour démontrer que le volume ne compense pas la compression des marges unitaires. Arme-toi des données GERS, pas juste du chiffre global.

Source : Le Moniteur des Pharmacies