Aide à mourir : pas de clause de conscience pour les pharmaciens, mais une liste de volontaires en alternative
Les deputés examinent pour la troisième fois le projet de loi sur l'aide à mourir. Aucune clause de conscience spécifique pour les pharmaciens n'a été retenue jusqu'ici. L'association Pharmaciens en Conscience propose une voie médiane : clause de conscience couplée à une liste de pharmaciens volontaires pour ne pas bloquer l'accès au traitement.
La loi sur l'aide à mourir revient en troisième lecture à l'Assemblée. Et les pharmaciens sont toujours dans l'angle mort du débat.
Deux lectures, deux fois sans clause de conscience retenue pour la profession. Concrètement, si la loi passe en l'état, un pharmacien pourrait se retrouver contraint de dispenser la substance létale, sans pouvoir invoquer ses convictions personnelles pour refuser. Médecins et infirmiers, eux, bénéficient d'une clause de conscience dans le texte.
La différence de traitement est notable. Et elle n'est pas anodine sur le plan éthique et déontologique.
Face à cette asymétrie, l'association Pharmaciens en Conscience porte une proposition concrète : une clause de conscience pour les pharmaciens qui ne souhaitent pas participer, couplée à une liste nationale de pharmaciens volontaires pour assurer la continuité d'accès au traitement. Le principe : personne n'est forcé, mais personne n'est bloqué non plus. Chaque patient peut accéder à l'acte via un pharmacien qui a choisi d'y participer.
C'est une approche pragmatique. Elle évite deux écueils : le blocage de l'accès au soin pour le patient (si trop de pharmaciens refusent sans alternative organisée) et la contrainte de conscience pour le professionnel (si aucune clause n'existe).
La question est loin d'être abstraite pour l'officine. Le pharmacien sera vraisemblablement le dernier professionnel à intervenir dans la chaîne : préparation magistrale ou délivrance d'un médicament spécifique, dans un cadre qui reste encore à définir réglementairement. La dispensation d'un produit à visée létale, c'est un acte inédit dans l'histoire de la profession. Il mérite un cadre clair, pas un vide juridique.
Le Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens devra prendre position. Et la convention pharmaceutique devra, à terme, intégrer les modalités de cette mission si elle devient obligatoire : formation, traçabilité, circuit de délivrance, responsabilité.
Demain matin au comptoir : le sujet va vite devenir concret. Informe-toi sur la position de ton syndicat et de l'Ordre. Et si tu as une opinion sur la clause de conscience, c'est maintenant qu'il faut la faire entendre, pas après le vote.
Source : Le Quotidien du Pharmacien