Négociations convention : ce que la réouverture du 22 juin va (vraiment) changer pour tes revenus

Après des mois de statu quo, les syndicats ont enfin posé leurs dossiers sur la table le 22 juin. Modèle économique, honoraires, ROSP : l'enjeu chiffré dépasse les 500 M€ de revalorisation réclamés par la profession. Le compte à rebours est lancé.

Contexte

Le 22 juin 2026, FSPF et USPO ont été reçus conjointement par le cabinet ministériel, renforcé par les représentants des Directions et de l'Assurance Maladie, pour lancer officiellement les négociations conventionnelles attendues depuis plusieurs mois. La FSPF, par la voix de son président Philippe Besset, a réaffirmé que « le modèle économique de l'officine ne permet plus à certains d'entre nous de s'y retrouver ». Ce coup d'envoi intervient dans un contexte de tension financière réelle : des retards de versement ROSP ont contraint la FSPF à monter au créneau publiquement à trois reprises entre mai et juin 2026 - notamment sur la ROSP numérique en santé, dont le versement était encore manquant fin mai. En parallèle, l'UPGF, troisième force syndicale de la profession, s'est exprimée avec une tonalité plus prudente, listant « des questions et des craintes » face à l'agenda qui s'ouvre. Le calendrier est serré : plusieurs chantiers réglementaires (protections périodiques réutilisables, missions, honoraires) arrivent à échéance à l'automne 2026. Pour les 21 000 officines françaises, chaque mois de retard dans les négociations se traduit directement en trésorerie.

Analyse business

Commençons par le nerf de la guerre : la ROSP officinale. En 2024, la ROSP pharmacien représentait en moyenne entre 8 000 et 12 000 € par officine selon sa taille et son niveau d'atteinte des indicateurs - soit une enveloppe nationale estimée à plus de 150 M€ (source : rapports CNAM, données conventionnelles). Les retards de versement 2026 signalés par Philippe Besset ne sont pas anecdotiques : sur des officines dont l'EBE tourne autour de 80 000-100 000 € annuels en moyenne (données CERP / COOP de France / Prat-IFOP), un décalage de trésorerie de 6 à 8 semaines sur 10 000 € de ROSP, c'est du découvert bancaire pour les structures fragilisées.

Sur le fond des négociations, trois chantiers ont un impact business direct et quantifiable :

1. La revalorisation des honoraires de dispensation. L'honoraire de dispensation actuel oscille entre 0,51 € (médicaments non substituables) et 2,81 € (primo-dispensation). La profession réclame une revalorisation significative dans un contexte où l'inflation des charges (énergie, masse salariale, loyers) a progressé de +12 à +18 % depuis 2021 selon l'INSEE. Une hausse de 15 % des honoraires de dispensation générerait mécaniquement entre 250 et 350 M€ supplémentaires répartis sur l'ensemble du réseau - soit +12 000 à +17 000 € par officine en moyenne.

2. Le dossier des protections périodiques réutilisables. Arrêté attendu en juillet, entrée en vigueur prévue en octobre 2026. La FSPF a explicitement indiqué ne pas être satisfaite du processus de facturation envisagé. Ce dispositif représente un nouveau flux de dispensation remboursable, potentiellement étendu à toutes les officines. Le marché des protections périodiques réutilisables est estimé à 150-200 M€ en France (données Xerfi 2024) - dont une fraction seulement passera par l'officine selon les modalités finales.

3. L'élargissement des missions rémunérées. Bilans partagés de médication, entretiens pharmaceutiques, vaccination : les officines les plus actives génèrent déjà 15 000 à 25 000 € de revenus missions hors marge médicament. Les négociations visent à étendre et mieux valoriser ces actes, dans un contexte où la convention médicale 2024 a, elle, déjà revalorisé significativement les actes des médecins (+3,5 % en moyenne sur la consultation).

L'UPGF, de son côté, pose des questions légitimes sur le calendrier et les garanties : les négociations précédentes (2022-2023) avaient pris 18 mois avant d'aboutir à un avenant. À ce stade, ni la FSPF ni l'USPO n'ont publié de position commune détaillée sur les lignes rouges chiffrées. L'USPO n'a pas encore diffusé de communiqué spécifique sur les premiers échanges du 22 juin sur son site public - à surveiller dans les prochains jours.

Recommandations actionnables

1. Suis tes indicateurs ROSP en temps réel - Ne laisse pas un retard de versement passer inaperçu. Connecte-toi à ton espace Ameli Pro régulièrement et, si un versement dépasse 60 jours de retard, contacte ta CPAM en RAR. Un suivi mensuel évite le découvert surpris.

2. Cartographie tes revenus missions actuels - Avant les négociations, sais-tu exactement combien tu touches en entretiens pharmaceutiques, vaccinations, bilans de médication ? Extrais ces données de ton LGO sur les 12 derniers mois. C'est ton levier de négociation interne et ta base pour projeter l'impact d'une revalorisation.

3. Anticipe le dispositif protections périodiques réutilisables - L'arrêté arrive en juillet, l'application en octobre. Informe-toi sur le processus de facturation dès sa publication, identifie les références à référencer et forme ton équipe. Les premières semaines post-lancement sont stratégiques pour capter la patientèle.

4. Rejoins les remontées syndicales - Que tu sois adhérent FSPF, USPO ou UPGF, les enquêtes terrain alimentent les positions de négociation. Tes chiffres d'activité réels pèsent dans les argumentaires présentés à l'Assurance Maladie.

5. Surveille l'agenda conventionnel semaine par semaine - Les prochains rounds de négociation vont s'enchaîner à rythme soutenu. Un avenant peut changer tes tarifs du jour au lendemain. Mets une alerte sur le Journal Officiel (rubrique santé) et sur le site Ameli partenaires.

Sources citees

- Le Pharmacien de France - Les négociations enfin sur les rails - Le Pharmacien de France - Le point sur le versement des ROSP - Le Pharmacien de France - Protections périodiques réutilisables : derniers ajustements - UPGF - Négociations conventionnelles : des questions et des craintes

Source : Pharm'Actus · Le Pharmacien de France — Les négociations enfin sur les rails, Le Pharmacien de France — Le point sur le versement des ROSP