HerbAI, un outil IA de conseil phyto au comptoir : bonne idée ou boîte noire ?

Un outil baptisé HerbAI arrive en officine : une IA dédiée au conseil à base de plantes, alimentée par une base documentaire fermée, pensée pour répondre en quelques secondes au comptoir. Pratique en théorie. Mais les questions sur la transparence des sources et la responsabilité restent ouvertes.

Peut-on conseiller du millepertuis à un patient sous statine ? Cette question, tu l'as eu cent fois au comptoir. HerbAI prétend y répondre en quelques secondes. Et c'est là que ça devient intéressant, et que ça mérite qu'on en parle sérieusement.

HerbAI est une solution IA dédiée au conseil phytothérapeutique en officine. Développé par une équipe portée par une ancienne responsable des achats officinaux, l'outil repose sur une base documentaire fermée, contrairement aux IA génératives grand public qui puisent dans tout le web, le bon comme le dangereux. L'idée : limiter les hallucinations et garantir que les réponses sont ancrées dans des sources scientifiques validées.

C'est une vraie avancée conceptuelle. On sait tous que la phytothérapie est un terrain glissant au comptoir : entre les patients qui arrivent avec leur tuto TikTok sur l'ashwagandha et les vraies interactions plantes-médicaments sous-documentées, le risque d'erreur de conseil est réel. Un outil capable de croiser rapidement les interactions, les contre-indications et les données d'EBM sur les plantes, c'est un filet de sécurité potentiellement utile.

Mais attention à quelques points critiques avant d'adopter. Premier point : la qualité de la base documentaire. Une IA n'est aussi bonne que ses sources. Qui les a sélectionnées ? Selon quels critères ? L'ESCOP, la Commission E allemande, les monographies de l'EMA sur les plantes ? Ou un mix opaque ? La transparence sur les sources est non négociable quand il s'agit de conseil de santé.

Deuxième point : la responsabilité. En pharmacie, le conseil est un acte professionnel engageant ta responsabilité. Déléguer ce conseil à une IA, même partielle, pose la question de qui est responsable si le conseil est mauvais. La réponse juridique française n'est pas encore stabilisée sur ce sujet.

Troisième point : le risque de désintermédiation du pharmacien. Si l'IA répond à la place du professionnel sans que celui-ci valide, on perd la valeur ajoutée du raisonnement clinique. L'outil doit rester un aide à la décision, pas un substitut.

Demain matin au comptoir : garde un oeil sur HerbAI et les outils similaires. L'IA au comptoir arrive, c'est une certitude. Mieux vaut en être acteur que spectateur.

Source : Le Quotidien du Pharmacien