Officines en territoire fragile : des coefficients majorés pour survivre ?

L'UPGF monte au créneau et propose des coefficients de rémunération spécifiques pour les officines implantées en zones sous-dotées. Derrière la mesure, un enjeu de survie économique pour plusieurs centaines de pharmacies.

Contexte

Depuis plusieurs années, la désertification pharmaceutique progresse silencieusement. Selon les données de l'Ordre national des pharmaciens, la France comptait 20 614 officines au 1er janvier 2025, contre plus de 22 000 il y a dix ans, soit une perte nette d'environ 1 400 officines en une décennie. Les zones rurales et les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont les premières victimes : certains bassins de vie dépassent désormais le seuil critique de 3 500 habitants par officine, voire plus, sans qu'aucune compensation économique structurelle ne soit prévue par la convention pharmaceutique actuelle. C'est dans ce contexte que l'UPGF (Union des Pharmaciens de Groupements en France) publie le 3 juillet 2026 une position formelle demandant la mise en place de 'coefficients spécifiques pour les territoires fragiles'. L'idée : moduler la rémunération officinale à la hausse pour les structures dont le modèle économique est structurellement défavorable du fait de leur localisation géographique, indépendamment de la qualité de leur gestion.

Analyse business

Le raisonnement de l'UPGF est simple et économiquement solide : une officine en zone rurale isolée supporte les mêmes charges fixes qu'une officine urbaine (loyer normé, masse salariale, système informatique, télétransmission, maintien des horaires d'ouverture réglementaires) mais avec un volume d'actes 2 à 3 fois inférieur. Le chiffre d'affaires médian d'une officine en zone rurale fragile tourne autour de 700 000 à 900 000 € TTC annuels, contre 1,8 M€ pour la médiane nationale (source : CERP Rouen / analyses économiques sectorielles). Sur ces petits volumes, la marge brute dégagée après honoraires ne couvre parfois pas les 2 équivalents temps plein minimum requis pour tenir les horaires réglementaires, sans parler de l'investissement numérique (dossier pharmaceutique partagé, ordonnance numérique, etc.).

La piste des coefficients majorateurs n'est pas inédite : le secteur médical connaît déjà les majorations de déplacement en zone sous-dotée (majoration MDE, OPTAM) et les aides à l'installation conventionnelles pour les médecins. Le modèle pourrait techniquement s'appliquer à l'officine via un avenant à la convention pharmaceutique, en modulant soit l'honoraire de dispensation (actuellement fixé à 1,02 € par ordonnance pour les médicaments remboursés, hors bilans partagés et entretiens), soit via une dotation forfaitaire annuelle de maintien en zone fragile.

Chiffre clé : selon la DREES (rapport 2024 sur l'accès aux soins), environ 5,4 millions de Français vivent dans une commune sans officine à moins de 10 minutes, un chiffre en hausse de 8 % depuis 2020. Si 300 à 400 officines fragilisées fermaient dans les 3 prochaines années faute de rentabilité suffisante, ce chiffre exploserait.

Positions syndicales : l'UPGF est le premier syndicat à formuler une demande aussi précise sur les coefficients territoriaux à cette date. À ce jour, la FSPF n'a pas publié de prise de position formelle sur ce mécanisme spécifique, bien qu'elle défende globalement la revalorisation des honoraires. L'USPO, de son côté, a davantage axé ses dernières communications sur la question des stocks de vaccins et des missions de santé publique. Aucun des deux syndicats n'a, à ce stade, contredit la proposition de l'UPGF, mais aucun n'y a non plus apporté de soutien public explicite.

Recommandations actionnables

1. Diagnostique ta situation géographique - Vérifie si ton officine est classée en zone sous-dotée, QPV ou ZRR (Zone de Revitalisation Rurale) via le site de l'ARS ou l'outil de cartographie de l'Ordre. Ce classement conditionne ton éligibilité à tout futur dispositif de majoration.

2. Documente tes charges fixes incompressibles - Prépare dès maintenant un tableau de bord économique clair (charges/CA/honoraires perçus). Si une négociation conventionnelle s'ouvre sur les coefficients territoriaux, les syndicats auront besoin de données terrain agrégées. Partage-les à ta délégation syndicale régionale.

3. Mobilise-toi via ton syndicat - Quelle que soit ton appartenance (FSPF, USPO, UPGF), interpelle tes représentants pour qu'ils portent ce dossier à la table de la prochaine négociation conventionnelle avec l'Assurance Maladie.

4. Explore les aides existantes dès maintenant - Certaines ARS proposent déjà des contrats d'amélioration de l'accès aux soins (CAQES adaptés) ou des fonds régionaux de soutien. Ne pas attendre un hypothétique avenant national.

5. Anticipe la diversification de tes revenus - En zone fragile, les missions de santé publique (vaccination, dépistage, accompagnement des pathologies chroniques) sont tes meilleures leviers de revenus complémentaires non soumis aux volumes de boîtes.

Sources citees

- UPGF - Position officielle : Mettre en place des coefficients spécifiques pour les territoires fragiles - Ordre National des Pharmaciens - Panorama au 1er janvier 2025 - DREES - Rapport 2024 sur l'accès territorial aux soins

Source : Pharm'Actus · UPGF – Position officielle : Mettre en place des coefficients spécifiques pour les territoires fragiles, Ordre National des Pharmaciens – Panorama au 1er janvier 2025