Déprescription : la CNAM veut ton comptoir comme levier d'économies

Le rapport Charges et Produits 2027 de la CNAM place la déprescription au coeur de sa stratégie. Les pharmaciens sont explicitement cités comme acteurs de la réévaluation des traitements. Traduction : l'Assurance Maladie te voit comme un outil d'optimisation, pas seulement de dispensation.

La CNAM a lâché son rapport Charges et Produits pour 2027. Et cette année, un mot revient en boucle : déprescription.

L'idée de base, c'est de réévaluer régulièrement les traitements pour éviter la polymédication inutile. Rien de choquant sur le fond. C'est même de la bonne médecine. Mais la CNAM le dit clairement : c'est aussi un levier d'économies. Et les pharmaciens sont dans la boucle.

Ca te rappelle quelque chose ? Le bilan partagé de médication est déjà dans ta boîte à outils. Les entretiens pharmaceutiques chroniques aussi. Ce que la CNAM semble vouloir, c'est pousser plus loin la contribution officinale à cette réévaluation active des ordonnances.

Le timing est parlant. On est à quelques mois des négociations conventionnelles, dans un contexte où le gouvernement vient d'annoncer 1 milliard d'euros d'économies supplémentaires pour la Sécu (sur un total de 9 milliards prévus pour 2026). La déprescription, c'est une façon politiquement élégante de dire : on va faire baisser la consommation de médicaments.

Attention au cadre, c'est crucial. Aujourd'hui, le pharmacien peut signaler, alerter, orienter, dialoguer avec le médecin via le DP ou le bilan de médication. Il ne prescrit pas, il ne déprescrit pas. Toute évolution vers un rôle actif de réévaluation thérapeutique devra passer par un avenant conventionnel explicite et une rémunération ad hoc. Ne rien faire gratuitement que tu n'es pas obligé de faire gratuitement.

La question qu'on ne pose pas encore assez fort : si on te demande de contribuer à la déprescription, qui va payer cet acte intellectuel ? La CNAM mentionne un enjeu de qualité des soins. Bien. Mais la qualité des soins, ça se valorise avec un honoraire, pas avec une bonne conscience.

Demain matin au comptoir : si un patient arrive avec une liste de 12 molécules et des doublons évidents, tu as déjà tous les outils pour déclencher une conversation avec le prescripteur. C'est ton rôle, c'est valorisé via le bilan partagé de médication. Documente chaque intervention. Parce que ce que la CNAM mesure aujourd'hui dans son rapport, c'est ce qu'elle financera (ou non) dans la prochaine convention.

Source : Le Moniteur des Pharmacies