Franchises, remboursements : la Cnam dit non au gouvernement

Le conseil de la Cnam a rejeté les cinq projets de décrets portant sur la hausse du reste à charge et le transfert de remboursements. 2 milliards d'euros d'économies attendus sur le dos des patients et des mutuelles. Ça ne va pas rester sans conséquences au comptoir.

La Cnam vient de claquer la porte au nez du gouvernement. Son conseil a rejeté les cinq projets de décrets visant à transférer des remboursements et à augmenter le reste à charge des assurés. Un avis consultatif, certes, mais symboliquement, c'est un camouflet.

Le gouvernement vise 2 milliards d'euros d'économies. Sur la table : dispositifs médicaux, dentaire, transports sanitaires... et probablement des médicaments à faible service médical rendu. Le tout rogné sur le remboursement de l'Assurance Maladie.

Concrètement, si ces décrets passent en force, les franchises augmentent et les tickets modérateurs s'alourdissent. Le patient paie plus. Ou sa mutuelle paie plus, ce qui revient à ce que le patient paie plus, via ses cotisations. Ça te rappelle quelque chose ? On est exactement dans la logique inverse de ce que la profession défend depuis des années sur le non-recours aux soins.

Pour l'officine, l'impact est double. D'abord, un reste à charge plus élevé peut freiner le renouvellement d'ordonnances chez les patients les plus précaires. Tu vas te retrouver à gérer la question "je peux pas me permettre de tout prendre ce mois-ci" plus souvent qu'à ton tour. Ensuite, si des spécialités tombent en déremboursement partiel ou total, les substitutions et les conseils associés vont se multiplier.

La CNAM rejette, mais le gouvernement n'est pas lié par cet avis. Les décrets peuvent passer en l'état. Le calendrier reste flou à ce stade, mais la direction de voyage, elle, est très claire : l'Assurance Maladie cherche à faire porter davantage le risque financier sur les complémentaires et les assurés.

Et les mutuelles ? Elles ont déjà annoncé que la facture se retrouverait dans les cotisations 2027. Donc le patient paiera dans tous les cas, directement ou indirectement.

Au comptoir demain matin : prépare-toi à des patients qui questionnent leur reste à charge, qui demandent des génériques par réflexe économique, et qui ont besoin qu'on leur explique ce que leur mutuelle couvre vraiment. Ton rôle de conseil n'a jamais été aussi concret qu'en période de déremboursement rampant.

Source : Le Moniteur des Pharmacies