Incendies en Gironde : les pharmaciens ont tenu la ligne sanitaire
23 communes évacuées en urgence, des milliers de patients sans leurs traitements chroniques. Les pharmaciens d'officine ont assuré la continuité des soins dans le chaos. Un rôle de premier recours que personne d'autre n'aurait pu tenir.
"Les gens sont partis en se disant que le traitement n'était pas urgent." Cette phrase résume tout. Quand les incendies ont ravagé une partie de la Gironde et contraint 23 communes à l'évacuation, les patients ont fui. Leurs ordonnances, leurs boites, leur DP : ils ont tout laissé.
Et c'est l'officine qui a rattrapé le coup. Les pharmaciens sur place et dans les communes d'accueil ont délivré en urgence, reconstitué les historiques via le Dossier Pharmaceutique, contacté les médecins, géré les stocks en flux tendu. Sans filet, sans protocole préétabli dans la plupart des cas.
Ce que ça illustre concrètement : le DP n'est pas un outil administratif de plus. En situation de crise, c'est littéralement le seul moyen de savoir ce que prend un patient qui arrive sans rien. L'alimentation rigoureuse du DP au quotidien, c'est ce qui a permis de ne pas improviser dans l'urgence.
Deuxième enseignement : la proximité géographique du réseau officinal est irremplaçable. Pas de rendez-vous, pas de liste d'attente, pas de délai. Le patient entre, le pharmacien prend en charge. C'est ce qu'on appelle le premier recours, et cette crise en est une démonstration grandeur nature.
Troisième point, moins glorieux : on ne peut que constater que les protocoles de crise sanitaire pour l'officine restent insuffisamment formalisés à l'échelle nationale. Chaque pharmacien a géré comme il pouvait, avec son bon sens et sa formation. Ça a fonctionné grâce aux hommes et aux femmes derrière les comptoirs. Mais ça mériterait un cadre réglementaire plus solide, des stocks de crise mieux définis, des lignes directes avec les SAMU et les ARS.
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a par ailleurs annoncé la distribution de plus de 5 millions de masques FFP2 via les pharmacies pour protéger les populations exposées aux fumées. Encore une fois : c'est le réseau officinal qui est mobilisé en première ligne.
Au comptoir demain matin : vérifie que ton DP est bien alimenté pour chaque patient. Et si tu n'as pas de procédure interne pour les situations de crise (patient sans ordonnance, évacuation, rupture d'approvisionnement locale), c'est le bon moment pour en poser les bases.
Source : Le Quotidien du Pharmacien