Doctolib donne vos données à une IA en août : ce que ça change pour les patients et le comptoir

En août, Doctolib lance un programme de recherche scientifique basé sur les données de santé de ses 50 millions d'utilisateurs. Objectif : explorer les usages de l'IA dans les parcours de soins. Les patients peuvent s'y opposer, mais encore faut-il qu'ils le sachent.

50 millions d'utilisateurs. C'est la base de données que Doctolib s'apprête à mettre au service d'un programme de recherche en intelligence artificielle à partir d'août 2026. Autant dire que ce n'est pas une expérimentation confidentielle.

Concrètement, les données de santé des utilisateurs de la plateforme (rendez-vous, spécialités consultées, historique de prise en charge) seront exploitées pour entraîner et tester des modèles d'IA censés optimiser les parcours de soins. La finalité affichée : améliorer l'orientation des patients et anticiper les besoins de santé.

Le droit d'opposition existe. Les patients peuvent refuser que leurs données soient utilisées dans ce cadre. Mais on connaît la chanson : entre le droit théorique et l'exercice pratique, il y a souvent un gouffre. Combien de patients savent qu'ils ont cette option, comment y accéder, dans quel délai ? Les réponses restent floues à ce stade.

Pourquoi c'est un sujet pour les pharmaciens ? D'abord parce que vos patients vont vous en parler. Les plus connectés, les plus méfiants, ou tout simplement ceux qui ont vu passer l'info. Il faut être capable d'expliquer simplement ce qu'il se passe sans alimenter la psychose, ni balayer d'un revers de main des questions légitimes sur la confidentialité des données de santé.

Ensuite, parce que ce type de programme annonce une transformation profonde du parcours de soins numérique. Si l'IA de Doctolib devient capable d'orienter un patient vers telle ou telle officine, tel ou tel service de proximité, les pharmaciens ont tout intérêt à comprendre comment ces algorithmes fonctionnent et comment leur officine peut y apparaître.

Enfin, c'est un signal fort sur la valeur des données de santé. Les GAFAM de la santé (Doctolib en est un, en France) ont compris que la donnée est le pétrole du XXIe siècle médical. L'IA n'est que l'outil de raffinage.

Demain au comptoir : si un patient t'interroge sur Doctolib et ses données, oriente-le vers les paramètres de confidentialité de son compte et le droit d'opposition. Et reste attentif aux évolutions réglementaires autour du Health Data Hub et du RGPD santé : ce dossier n'en est qu'à ses débuts.

Source : Sciences et Avenir