Anticancéreux oraux non utilisés : le réemploi entre dans l'arène

La LFSS 2026 autorise à titre expérimental la collecte et la redistribution d'anticancéreux oraux non utilisés dans 26 établissements de santé. Zéro gaspillage sur des molécules à plusieurs milliers d'euros le cycle, c'est l'objectif. Et demain, l'officine pourrait être dans la boucle.

Des anticancéreux oraux à 3 000, 5 000, parfois 10 000 euros le mois de traitement. Détruits après le décès d'un patient ou l'arrêt du traitement. C'est une réalité du système, et elle choque à juste titre.

La LFSS 2026 ouvre une brèche : à titre dérogatoire, la collecte et la redistribution de certains médicaments anticancéreux oraux non utilisés sont désormais autorisées dans un cadre expérimental. 26 établissements de santé seront les premiers à tester le dispositif en 2026.

Concrètement, comment ça marche ? Des patients en fin de traitement ou dont le protocole change rapportent leurs boites non entamées. Ces médicaments sont collectés, contrôlés, et redistribués à d'autres patients éligibles. L'objectif est double : réduire le gaspillage pharmaceutique et améliorer l'accès à des traitements coûteux pour des patients qui en ont besoin.

Pourquoi c'est une actu qui concerne l'officine, même si l'expérimentation est pour l'instant cantonnée aux établissements de santé ? Parce que les anticancéreux oraux, c'est aussi ta patientèle. Capécitabine, imatinib, erlotinib, lénalidomide... Une partie significative de ces traitements transite par la ville, notamment pour les renouvellements. Si l'expérimentation est concluante, le cadre légal pourrait évoluer pour inclure les officines dans les circuits de collecte et de redistribution. C'est clairement la logique qui se dessine.

Les enjeux sont à la fois économiques et éthiques. Économiques : on parle de dizaines de millions d'euros de médicaments détruits chaque année. Éthiques : certains patients en situation de précarité ou dans des pays à ressources limitées n'ont pas accès à ces molécules. Le réemploi, même partiel, a une valeur symbolique et pratique forte.

Les défis réglementaires restent importants : traçabilité, chaîne du froid, responsabilité pharmaceutique, assurance qualité. Ce ne sont pas des détails.

Ce que ça change au comptoir demain matin : pas encore grand chose, l'expérimentation démarre en établissement de santé. Mais surveille les retours d'expérience. Et si tes patients te rapportent des boites d'anticancéreux oraux à la pharmacie, explique-leur que le cadre légal pour la redistribution en ville n'existe pas encore, et oriente vers le service hospitalier référent.

Source : Le Moniteur des Pharmacies