Eli Lilly ouvre la porte au retatrutide : ce que ça annonce pour l'Europe
Eli Lilly vient d'accorder un accès compassionnel au retatrutide, son triple agoniste GIP/GLP-1/glucagon encore non approuvé. Les médecins américains se ruent sur la demande. Et en Europe, les pharmaciens d'officine vont devoir anticiper l'arrivée de cette molécule.
Un patient, un accès exceptionnel, et soudain tous les médecins américains veulent la même chose. Eli Lilly vient de créer un précédent avec le retatrutide, sa molécule anti-obésité de nouvelle génération, en accordant un accès compassionnel individuel à un premier patient.
Le retatrutide, c'est quoi exactement ? Un triple agoniste des récepteurs GIP, GLP-1 et glucagon. Là où le tirzepatide (Mounjaro) joue sur deux récepteurs, le retatrutide en cible trois. Les essais de phase 3 montrent des pertes de poids qui dépassent largement ce qu'on connaît avec les molécules actuelles. On parle de chiffres qui ont fait bouger les lignes dans les congrès de diabétologie.
Pourquoi c'est important pour un pharmacien français ? Parce que la trajectoire est connue : accès compassionnel US → AMM FDA → dossier EMA → AMM européenne → remboursement France. On en est loin, mais le signal envoyé par Lilly est fort : la pression des prescripteurs américains est telle que le labo ne peut plus ignorer les demandes d'accès anticipé.
Et en France ? Le contexte GLP-1 reste sous haute tension. Les ruptures d'approvisionnement sur le semaglutide et le tirzepatide ont mis les officines en première ligne. L'arrivée potentielle d'une troisième molécule dans cette classe va demander anticipation sur la gestion des stocks, formation de l'équipe officinale et cadrage des attentes patients.
Autre point à surveiller : le modèle d'accès compassionnel américain n'a pas d'équivalent direct en France. Ici, c'est l'ATU (désormais accès précoce) qui remplit ce rôle, avec une procédure portée par le laboratoire devant l'HAS et l'ANSM. Le commercialisateur en France pour les molécules Lilly dans cette classe est Eli Lilly France - mais pour le retatrutide, aucun statut d'accès précoce n'a encore été déposé à ce stade en Europe.
Demain matin au comptoir : si un patient te parle du retatrutide vu sur les réseaux, tu peux lui dire que la molécule existe, qu'elle est prometteuse, mais qu'elle n'a pas d'AMM et qu'aucun accès précoce n'est disponible en France à ce jour. Et que ce n'est pas une raison d'arrêter son traitement en cours.
Source : STAT News