Remboursement des startups santé féminine : le rapport qui fait mal aux investisseurs

Le Milken Institute tire la sonnette d'alarme : les startups spécialisées en santé des femmes se plantent sur le remboursement, faute d'anticiper les exigences de preuve des payeurs. Un constat qui résonne fort pour la santé féminine en France aussi. Ce que ça dit de notre modèle de prise en charge.

Aux États-Unis, on appelle ça "femtech". En France, on dirait "santé des femmes sous-financée". Même combat, dénominateur commun : le remboursement arrive toujours trop tard, ou pas du tout.

Le Milken Institute vient de sortir un rapport qui enfonce le clou : les entreprises innovantes dans la santé féminine échouent massivement à obtenir une couverture assurantielle, pas parce que leurs produits sont mauvais, mais parce qu'elles n'ont pas préparé leur dossier de preuve assez tôt dans le développement. Les payeurs américains (et européens) exigent des données d'efficacité robustes, des études en vie réelle, des analyses coût-efficacité. Et ces startups arrivent en phase de commercialisation sans rien de tout ça.

Pourquoi ça te concerne, toi, pharmacien en France ? Parce que le miroir est saisissant. Regarde le parcours d'une innovation en gynécologie ou en santé reproductive en France : entre l'AMM, l'avis de la HAS, la fixation du taux de remboursement par l'Assurance Maladie et l'inscription au remboursement effectif, il peut se passer 3 à 5 ans. Et si les données cliniques sont jugées insuffisantes, la spécialité tombe dans le "SMR insuffisant" ou le "ASMR V" : remboursement minimal ou zéro.

Résultat au comptoir ? Des patientes qui viennent chercher des solutions remboursées... et tu n'as rien à proposer. Ou tu as une alternative générique qui n'a pas du tout le même profil d'action. Le sujet de l'endométriose, des DIU hormonaux, des traitements de la ménopause ou des contraceptions de 2e intention, c'est exactement ça.

Le rapport du Milken Institute appelle les entreprises à intégrer la stratégie de remboursement dès la phase 2 des essais cliniques. En France, la HAS dirait : engagez le dialogue early access avant même l'AMM. C'est la logique de l'ATU puis de l'accès précoce version post-2021.

Leçon concrète : quand un labo te pitch une nouveauté en santé féminine, la première question n'est pas "ça marche ?" mais "c'est remboursé quand, et sur quelle base ?" Parce que sans remboursement, même la meilleure molécule reste dans le tiroir.

Source : MedCity News