AstraZeneca et Ionis : le silence-ARN qui parle trop fort pour le coeur

L'essai sur l'eplontersen dans la cardiomyopathie à transthyrétine vient de se planter. AstraZeneca et Ionis cherchent les raisons, et c'est toute la classe des "silenceurs" d'ARN qui tremble. Pour le pharmacien francais, le dossier amyloidose cardiaque reste sous haute surveillance.

Le coup est rude pour AstraZeneca et Ionis Pharmaceuticals. Leur essai sur l'eplontersen dans la cardiomyopathie amyloïde à transthyrétine (ATTR-CM) vient d'échouer. Et ce n'est pas un échec anodin : c'est toute la question des thérapies dites "silenceurs d'ARN" (siRNA et ASO) appliquées aux maladies cardiaques qui se retrouve en ligne de mire.

L'eplontersen, un oligonucléotide antisens, ciblait la production de transthyrétine (TTR) pour freiner l'accumulation d'amyloïde dans le myocarde. Sur le papier, la mécanique était solide. En clinique, l'essai n'a pas atteint ses critères primaires. AstraZeneca parle désormais d'une "surprise" et commence à soulever des questions de fond sur la classe entière.

Pourquoi ça compte pour toi, à Paris ou à Marseille ? Parce qu'Alnylam Pharmaceuticals, concurrent direct, surveille la situation de très près. Alnylam commercialise en Europe le patisiran et le vutrisiran sur des indications TTR, dont des formes cardiaques. Un doute sur la validité du mécanisme "silence d'ARN" en cardiologie, et c'est toute la dynamique des AMM et des prises en charge européennes qui peut ralentir.

En France, l'amyloïdose ATTR est prise en charge dans des centres de référence. La dispensation des traitements ARNm/ASO concernés passe souvent par la PUI hospitalière, mais l'impact sur l'ensemble du pipeline "maladies rares cardiaques" est réel pour le réseau officinal spécialisé et les pharmacies à usage intérieur.

Cytokinetics, de son côté, présente au même moment des données positives sur l'aficamten (inhibiteur de myosine cardiaque) dans la cardiomyopathie hypertrophique non obstructive. Une classe différente, un mécanisme différent, des résultats différents. Le coeur, c'est un terrain compliqué.

Ce que ça change pour toi : pas de modification immédiate en dispensation. Mais garde l'oeil sur le dossier eplontersen et sur les éventuelles réévaluations HAS pour les silenceurs d'ARN dans les indications cardiaques. Ce secteur avance vite, et les surprises cliniques peuvent changer les recommandations en 18 mois.

Source : STAT News