ATTR cardiomyopathie : l'eplontersen marque des points, mais pas pour tout le monde
Les résultats de l'essai CARDIOTTRansform, présentés au Congrès ESC 2026, montrent qu'eplontersen est efficace dans la cardiomyopathie amyloïde à transthyrétine, à une condition majeure : le patient ne doit pas déjà être sous stabilisateurs de transthyrétine. Un résultat qui repose la question des séquences thérapeutiques en hématologie-cardiologie.
L'amylose à transthyrétine (ATTR), ce n'est plus une maladie orpheline confidentielle. Les cabinets de cardiologie en voient de plus en plus, et les officines hospitalières comme de ville vont être de plus en plus concernées. Alors autant comprendre ce qui se joue en ce moment dans le pipeline.
Eplontersen, c'est quoi ? Un oligonucléotide antisens (ASO) ciblant la transthyrétine (TTR), développé pour réduire la production hépatique de cette protéine mal conformée qui s'accumule dans le cœur et les nerfs. La technologie ASO, c'est la même famille que l'inotersen ou le patisiran, déjà connus dans la neuropathie amyloïde.
Les résultats présentés à l'ESC 2026 (analyse secondaire de CARDIOTTRansform, publiée dans Nature Medicine) sont nuancés, et c'est précisément là que c'est intéressant. Eplontersen montre un bénéfice significatif chez les patients qui ne prenaient PAS de stabilisateurs de TTR (tafamidis, acoramidis) à l'inclusion. En revanche, chez ceux déjà sous stabilisateurs, le bénéfice ne se retrouve pas.
L'hypothèse mécanistique : les stabilisateurs agissent en amont (stabilisation du tétramère), les ASO en aval (réduction de production). Les combiner ne serait pas additif, voire potentiellement redondant ou interférent à ce stade des données. On attend des analyses confirmatoires.
Pour la pratique future en officine, ce résultat pose une question concrète de séquence : quel médicament en premier ? Et pour quel profil patient ? Les équipes officinales des pharmacies à usage intérieur (PUI) qui gèrent ces patients vont devoir intégrer cette logique de séquence dans le suivi pharmaceutique.
Côté AMM européenne, eplontersen n'a pas encore d'autorisation dans la cardiomyopathie ATTR en Europe à ce stade. Les données de CARDIOTTRansform alimenteront le dossier réglementaire. L'EMA est le prochain juge de paix.
Demain matin au comptoir : si tu as des patients sous tafamidis (Vyndaqel) pour une ATTR-CM, c'est le bon moment de te former sur les ASO cardiaques. Dans 18 à 24 mois, ils pourraient faire partie de ton stock.
Source : Nature Medicine