Psilocybine et chimio : les champignons hallucinogènes protègent les nerfs ?
Une étude publiée dans Science ouvre une piste inattendue : la psilocybine pourrait prévenir la neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie. Les données sont encore préliminaires, mais le mécanisme identifié est sérieux. À suivre de très près.
Les champignons hallucinogènes comme traitement d'appoint en oncologie. Quand on voit le titre, on croit à une blague. Pourtant, l'étude vient d'être publiée dans Science, ce qui n'est pas une revue de médecine alternative de bazar. Et les chercheurs parlent d'un effet neuroprotecteur de la psilocybine, la molécule active des champignons psilocybes.
La cible ici n'est pas l'humeur ni la dépression, contrairement aux autres recherches en cours sur la psilocybine. C'est la neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie. Cette complication touche une large proportion des patients traités par certaines chimiothérapies, notamment les taxanes et les sels de platine. Elle se manifeste par des douleurs, des paresthésies, une perte de sensibilité des extrémités. Elle peut être invalidante et persister après la fin du traitement. Aucun traitement préventif vraiment efficace n'existe à ce jour.
L'étude montre que chez la souris, et sur quelques tissus humains en ex vivo, la psilocybine exerce un effet protecteur sur les fibres nerveuses périphériques exposées à des agents chimiothérapeutiques. Le mécanisme évoqué implique les récepteurs sérotoninergiques 5-HT2A et des voies de signalisation impliquées dans la survie neuronale.
Les limites sont claires et les auteurs les assument : modèle murin dominant, données humaines très préliminaires, pas d'essai clinique randomisé à ce stade. La psilocybine reste classée comme stupéfiant en France, sans AMM. On est très loin du comptoir.
Mais la publication dans Science est un signal fort que la communauté scientifique prend ce sujet au sérieux. Les essais cliniques sur la psilocybine en psychiatrie avancent déjà (dépression résistante, PTSD, soins palliatifs). Une extension vers la neuroprotection en oncologie ouvrirait un champ thérapeutique entièrement nouveau.
Pour toi demain matin : tes patients sous chimio vont peut-être t'en parler. La réponse honnête : c'est prometteur sur le plan mécanistique, publié dans une revue sérieuse, mais on est à des années d'un usage clinique potentiel. Pas question de conseiller quoi que ce soit en dehors des essais cliniques encadrés. Et la psilocybine reste un stupéfiant, pas un complément alimentaire à commander sur internet.
Source : Sciences et Avenir