Pelacarsen : l'échec qui rebat les cartes sur la Lp(a) et le risque cardio

Novartis et Ionis essuient un revers majeur en cardiologie. Leur molécule anti-Lp(a) baisse le biomarqueur mais ne protège pas le coeur. Une leçon qui va bien au-delà de ce seul essai.

Baisser un biomarqueur, c'est bien. Réduire les événements cardiovasculaires, c'est mieux. Et l'essai HORIZON vient de rappeler cette distinction de la façon la plus brutale qui soit.

Pelacarsen, l'oligonucléotide antisens co-développé par Novartis et Ionis Pharmaceuticals ciblant la lipoprotéine(a), affichait un profil de biomarqueur séduisant. La Lp(a), ce facteur de risque cardiovasculaire génétiquement déterminé, toucherait jusqu'à 20 % de la population mondiale. Longtemps laissée sans cible thérapeutique, elle avait tout de la prochaine grande victoire pharmacologique.

Raté. L'étude de phase 3 HORIZON, sur une large cohorte de patients à haut risque cardio, montre que pelacarsen abaisse effectivement la Lp(a) de façon substantielle. Mais les événements cardiovasculaires majeurs (MACE : infarctus, AVC, mort cardio) ne diminuent pas de façon statistiquement significative par rapport au placebo. C'est l'échec principal de l'essai.

Pourquoi c'est important pour un pharmacien français ? Parce que ça repose une question fondamentale sur laquelle on navigue souvent au comptoir : la causalité entre biomarqueur et risque clinique. On sait que la Lp(a) élevée est associée au risque cardio-vasculaire. Mais association n'est pas causalité. Baisser la Lp(a) ne prouve pas qu'on élimine le risque qui lui est corrélé.

Le parallèle avec d'autres histoires récentes n'est pas anodin. Rappelle-toi les déconvenues de certains inhibiteurs de CETP qui baissaient très bien le LDL-C tout en échouant cliniquement. La pharmacologie cardiovasculaire a une fâcheuse habitude de humilier les certitudes.

D'autres molécules anti-Lp(a) sont en développement, notamment des approches ARNi (olpasiran, zerlasiran). Leurs essais de phase 3 sont en cours. L'échec de pelacarsen ne tue pas la classe, mais il impose une rigueur : le résultat clinique prime, pas le chiffre dans la prise de sang.

Au comptoir demain matin : si un patient très au fait de l'actu te parle de sa Lp(a) et des "nouveaux traitements", sois factuel. Oui, des molécules existent en essai clinique. Non, aucune n'a d'AMM à ce jour en France. Et l'essai qui vient d'échouer rappelle qu'une Lp(a) bien basse sur le bilan ne sera pas forcément synonyme de protection cardiovasculaire prouvée.

Source : BioPharma Dive