Dépistage HTA en officine : d'où sort ce chiffre de 15 euros ?

Des syndicats de médecins et d'infirmiers agitent le chiffre de 15 euros comme une rémunération acquise pour le dépistage tensionnel en officine. Problème : ce montant ne repose sur aucune proposition officielle, aucun avenant conventionnel, aucune négociation publiée. Avant de compter les billets, vérifions les faits.

15 euros. Le chiffre circule sur les réseaux sociaux, dans les communiqués de syndicats médicaux et infirmiers, comme s'il était gravé dans le marbre d'un avenant conventionnel. Il n'en est rien.

D'où vient ce montant ? D'après Le Quotidien du Pharmacien, qui a creusé le sujet, aucune proposition formelle, aucune discussion officielle n'a abouti à ce chiffre. Ce n'est ni un tarif négocié, ni un honoraire inscrit dans la convention pharmaceutique, ni même une piste validée par l'Assurance Maladie.

Et pourtant, les réactions pleuvent. Des syndicats de médecins et d'infirmiers crient au corporatisme officinal, à la concurrence déloyale, au détournement d'acte médical. Le tout sur la base d'un chiffre fantôme.

Ca te rappelle quelque chose ? C'est le schéma classique : une rumeur enfle, les corporatismes s'enflamment, et le pharmacien se retrouve à défendre une mission qu'il n'a même pas encore officiellement. Le dépistage de l'hypertension artérielle en officine, c'est une réalité du terrain : les pharmaciens prennent la tension depuis des années. Mais une rémunération conventionnelle dédiée à ce dépistage ? Pas encore acté.

Pour rappel, en France, environ 17 millions de personnes sont hypertendues, dont plus de 6 millions l'ignorent. L'officine, avec ses 19 274 points de contact répartis sur tout le territoire, est le maillon logique pour dépister ces patients invisibles. Le potentiel de santé publique est réel et documenté.

Mais entre le potentiel et la rémunération officinale inscrite dans un texte opposable, il y a un gouffre. Les missions officinales rémunérées forment une liste fermée, issue d'avenants conventionnels publiés au Journal Officiel. Tant qu'aucun texte ne fixe de tarif, il n'y a pas de tarif. Règle d'or.

Ce que ça change au comptoir demain matin : rien, sur le plan tarifaire. Mais reste vigilant : si une négociation s'ouvre, elle concernera directement ton modèle économique. Suis l'évolution des discussions convention et ne te laisse pas emballer par des chiffres sans source. Et si un patient te demande combien ça coûte de faire mesurer sa tension chez toi, la réponse reste la même : c'est compris dans le service officinal.

Source : Le Quotidien du Pharmacien