Dépistage tensionnel à 15 € : vraie mission ou guerre des actes ?

La FSPF a avancé le chiffre de 15 € pour rémunérer le dépistage tensionnel en pharmacie. Ce chiffre n'est ni négocié ni arrêté à ce jour. Mais la bataille qui s'est ouverte dessine l'enjeu business majeur des prochaines négociations conventionnelles.

La FSPF a avancé un chiffre pour rémunérer le dépistage tensionnel en pharmacie. Ce chiffre n'est ni négocié ni arrêté à ce jour. Mais la bataille qui s'est ouverte dessine l'enjeu business majeur des prochaines négociations conventionnelles.

Contexte

Depuis plusieurs années, les pharmacies réalisent des mesures de tension au comptoir - sans rémunération conventionnelle nationale spécifique à ce jour. La FSPF a mis sur la table une proposition de rémunération par acte de dépistage tensionnel dans le cadre des discussions sur les nouvelles missions officinales. Cette annonce a déclenché une réaction immédiate de l'UFML-S (Union Française pour une Médecine Libre) et des infirmiers libéraux, qui contestent la valeur attribuée à cet acte comparée à leurs propres consultations et actes. Le contexte est celui des négociations conventionnelles en cours entre l'Assurance Maladie et les représentants des pharmaciens, dans un calendrier qui vient tout juste d'être relancé - l'USPO ayant posé un ultimatum au ministère le 9 septembre 2026 pour obtenir une lettre de cadrage et un calendrier de négociation. Les deux sujets sont donc directement liés : la rémunération des nouvelles missions est au cœur de ces négociations. En France, on estime à environ 17 millions le nombre d'hypertendus, dont plus de 6 millions qui s'ignorent (Santé publique France, 2023). Ce réservoir de patients non diagnostiqués est précisément l'argument des pharmaciens pour légitimer leur rôle dans le dépistage.

Analyse business

Soyons clairs : le chiffre avancé par la FSPF, c'est un chiffre de négociation, pas une réalité conventionnelle. Aucun texte n'est publié, aucun avenant signé. Mais l'ordre de grandeur mérite qu'on s'y arrête.

Premier angle : le potentiel de marché. Avec 6 millions d'hypertendus non diagnostiqués en France et un réseau officinal couvrant l'ensemble du territoire, le gisement est réel. Le potentiel de chiffre d'affaires pour le réseau dépend du taux de captation de cette population et du tarif retenu ; l'impact par officine restera fonction du volume d'actes réalisés et variera significativement selon les situations locales.

Deuxième angle : la guerre interprofessionnelle. L'UFML-S brandit la consultation médicale (dont la valeur cible à 45 € a été citée par son président Jérôme Marty dans un exercice de comparaison ironique, selon Caducee.net) pour démontrer que la proposition officinale serait « dévalorisant » pour les médecins. Le raisonnement est contestable : la mesure de tension en pharmacie n'est pas une consultation. C'est un acte de dépistage de masse, sans diagnostic, sans prescription. La comparaison est rhétorique, pas clinique.

Troisième angle : ce que ça change pour toi concrètement. Aujourd'hui, tu réalises des mesures de tension sans facturation nationale spécifique. Une rémunération par acte changerait radicalement l'équation : le gain annuel supplémentaire par officine dépend du volume d'actes réalisés - plus l'activité de dépistage est soutenue, plus le retour est significatif. Ce n'est pas anodin dans un modèle économique où chaque honoraire de mission compte.

Quatrième angle : le verrou réglementaire. Pour que cette rémunération existe, il faut un avenant conventionnel signé, puis publié au Journal officiel. On n'y est pas. Et dans le contexte de négociations tendues - l'USPO vient de menacer de dénoncer la convention - , rien ne garantit que ce chiffre survive aux arbitrages. La FSPF ne s'est pas encore prononcée publiquement sur l'ultimatum de l'USPO ; les deux syndicats jouent des partitions différentes sur le calendrier et la méthode, même si l'objectif de revalorisation est partagé.

Recommandations actionnables

1. Ne vends pas du rêve à ton équipe - Présente cette proposition pour ce qu'elle est : une proposition syndicale, pas un honoraire existant. Attends la publication d'un avenant au Journal officiel avant d'intégrer cette recette dans ton prévisionnel.

2. Documente tes mesures de tension dès maintenant - Tiens un registre du nombre d'actes réalisés (date, résultat, orientation ou non vers le médecin). Quand la rémunération arrivera, tu auras les preuves d'activité pour justifier ton engagement et peser dans la montée en charge.

3. Forme ton équipe au protocole tensionnel - La rémunération d'une mission de dépistage impliquera sans doute un protocole opposable. Anticipe : conditions de mesure standardisées, seuils d'orientation, traçabilité. Le coût de formation est marginal, le retour sur investissement potentiel est élevé.

4. Surveille le calendrier conventionnel - L'USPO a obtenu sa lettre de cadrage le 9 septembre. Un calendrier de négociation est attendu sous 15 jours. C'est là que se jouera le sort de cette mission. Abonne-toi aux alertes de ta fédération syndicale.

5. Ne te coupe pas des médecins - La passe d'armes UFML/pharmaciens nuit à tout le monde. Une mesure de tension qui débouche sur une orientation médicale est un acte de coordination, pas de concurrence. Fais-le savoir à ton médecin référent local.

Sources citees

- Caducee.net - Prise de tension à 15 € en pharmacie : l'UFML relance la bataille de la valeur des actes - Le Quotidien du Pharmacien - Négociations conventionnelles : l'Uspo pose un ultimatum au ministère de la santé - Santé publique France - Hypertension artérielle : données épidémiologiques 2023

Source : Pharm'Actus · Caducee.net — Prise de tension à 15 € en pharmacie : l'UFML relance la bataille de la valeur des actes, Le Quotidien du Pharmacien — Négociations conventionnelles : l'Uspo pose un ultimatum au ministère de la santé