Franchises médicales à 140 € : +40 % dès le 1er octobre, ce que ça change au comptoir

Le décret est paru. Dès le 1er octobre 2026, le plafond annuel des franchises médicales bondit de 100 à 140 euros. Pour l'officine, l'impact sur le flux patients et l'accès aux soins est immédiat et concret.

Contexte

Le décret portant relèvement du plafond annuel des franchises médicales a été publié au Journal officiel le samedi 13 septembre 2026 (rapporté par Le Monde). Entrée en vigueur : 1er octobre 2026. Le plafond passe de 100 à 140 euros par an et par assuré. À partir de 2028, ce plafond sera réindexé chaque année en janvier sur l'inflation. Pour mémoire, les franchises médicales s'appliquent sur les médicaments remboursés (0,50 € par boîte, plafonnée à 0,50 € par jour), les actes paramédicaux (0,50 € par acte) et les transports sanitaires. Elles ne concernent pas les assurés bénéficiant de la CSS (Complémentaire Santé Solidaire) ni les enfants mineurs. Cette mesure s'inscrit dans une stratégie de maîtrise du déficit de l'Assurance Maladie - un déficit qualifié de "record" par le gouvernement dans les documents annexés au PLFSS 2026. Elle touche directement le quotidien du comptoir officinal : volume de dispensation, comportements d'achat, gestion des tiers payants et relation patient.

Analyse business

Commençons par cadrer l'enjeu réel pour l'officine, sans dramatiser ni minimiser.

Ce que change le décret pour le flux comptoir

Le relèvement de 100 à 140 € représente une hausse de 40 % du reste-à-charge annuel plafonné pour les assurés soumis aux franchises. En pratique, la franchise médicament reste techniquement inchangée dans son montant unitaire (0,50 € par boîte), mais le plafond annuel plus élevé signifie que les patients supporteront cette retenue plus longtemps dans l'année avant d'être exonérés. Concrètement : le nombre de boîtes nécessaires pour atteindre le plafond, et donc la durée avant exonération, varie sensiblement selon le profil de consommation du patient. Avec le nouveau plafond à 140 €, l'exonération est encore plus difficile à atteindre pour les petits consommateurs.

Impact sur le tiers payant et le reste-à-charge perçu

Le vrai sujet officinal, c'est la relation patient. Depuis plusieurs années, une partie croissante des patients chez qui le tiers payant est pratiqué n'a plus conscience de la franchise : elle est déduite automatiquement sur le remboursement AM (via l'historique NOEMIE). Mais pour les patients en paiement comptant ou avec une mutuelle qui avance le ticket modérateur, la franchise reste visible - et son relèvement le sera aussi.

Selon les données de la DREES (Comptes de la santé 2025), environ 42 millions d'assurés sont théoriquement soumis aux franchises (hors mineurs et CSS). Avec un plafond à 140 €, le transfert de charge supplémentaire vers les ménages peut être estimé par l'Assurance Maladie à plusieurs centaines de millions d'euros à l'échelle nationale - mais ce chiffre n'est pas encore publié officiellement dans la source disponible.

Ce que ça change pour la rentabilité officinale

Direct : rien. La franchise est une retenue sur le remboursement AM, elle ne modifie pas la rémunération de l'officine (ni la MDL, ni l'honoraire de dispensation). L'impact sur la marge reste marginal, le détail chiffré dépendant du volume propre à chaque officine. L'officine reçoit toujours son prix administré.

Indirect : deux risques à surveiller. - Effet renoncement : si le reste-à-charge perçu augmente, certains patients fragiles économiquement pourraient espacer leurs renouvellements ou demander des conditionnements plus petits. Le renoncement aux soins touchait déjà une part significative des Français - ce chiffre pourrait se dégrader. - Pression sur le conseil : l'arbitrage entre médicament remboursé et OTC (non soumis à franchise) va devenir une question récurrente au comptoir. Certains patients pourraient préférer un OTC à leur charge totale mais psychologiquement moins "cher" qu'un Rx avec franchise visible. Pour l'officine, ce glissement vers l'OTC peut être une opportunité de marge - à condition d'anticiper la question.

La clause d'indexation sur l'inflation dès 2028 : le vrai signal structurel

C'est là le changement le plus structurel : le plafond ne sera plus figé par décret ponctuel mais mécaniquement révisé chaque janvier. C'est la fin du plafond "politique" figé pendant des années. Selon le niveau d'inflation constaté, le plafond pourrait progresser sensiblement d'année en année à partir de 2028. L'officine doit intégrer que ce paramètre deviendra un curseur budgétaire annuel, comme le taux de remboursement.

Recommandations actionnables

1. Informer proactivement les patients chroniques - Prépare un message simple pour octobre : "Le plafond de franchise passe à 140 € cette année. Votre reste-à-charge journalier reste plafonné à 0,50 €." Évite la confusion entre franchise unitaire (inchangée) et plafond annuel (relevé). Quelques secondes de pédagogie préviennent de longues discussions à la caisse.

2. Identifier tes patients CSS - Rappelle à l'équipe que les bénéficiaires de la Complémentaire Santé Solidaire (CSS) sont exonérés de franchises. Pas de changement pour eux. Former les préparateurs à l'identifier via la carte Vitale évite des erreurs de communication anxiogènes.

3. Anticiper les demandes de conseil OTC - Avec un reste-à-charge perçu qui augmente, attends-toi à plus de questions sur les alternatives sans ordonnance. Mets à jour tes protocoles de substitution conseil (antalgiques, antihistaminiques, antiseptiques) et valorise la consultation officinale : c'est là que ta marge OTC joue pleinement.

4. Surveiller l'effet renoncement sur tes patients fragiles - Repère les patients polymédiqués à revenus modestes qui ne sont pas CSS mais pourraient l'être. L'orientation vers les droits (CSS, ALD exonérante) est une mission officinale à part entière - et elle fidélise durablement.

5. Intégrer la clause d'indexation 2028 dans ta vision stratégique - Ce plafond va désormais glisser chaque année. Dans ton business plan 2027-2028, modélise un scénario de légère érosion du volume de dispensation sur les pathologies bénignes : mieux vaut anticiper que subir.

Sources citees

- Le Monde - Franchises médicales : le plafond annuel passe de 100 à 140 euros le 1er octobre - France Info Santé - Franchise médicale : le plafond annuel passera à 140 euros

Source : Pharm'Actus · Le Monde — Franchises médicales : le plafond annuel passe de 100 à 140 euros le 1er octobre, France Info Santé — Franchise médicale : le plafond annuel passera à 140 euros