Un village entier pour les personnes atteintes de démence : le vrai et le mythe

Le village De Hogeweyk, aux Pays-Bas, fait le tour des réseaux pour son accueil des personnes atteintes de démence. Le concept est bien réel, mais la version virale simplifie. Et la promesse « moins de médicaments » n'est pas démontrée.

Tu as peut-être vu la vidéo. Un village aux Pays-Bas où des personnes atteintes de démence vivraient presque normalement, entourées de commerçants et de voisins qui seraient en réalité des soignants déguisés. Belle histoire. Le résumé qui circule est un peu simplifié.

Le lieu existe vraiment : De Hogeweyk, à Weesp, dans la banlieue d'Amsterdam. Ouvert en décembre 2009. 23 maisons au départ, 4 de plus en 2018, soit 27 maisons de 6 à 7 résidents chacune, pour 250 employés. Construction : 19,3 millions d'euros, financés très majoritairement par l'État néerlandais (17,8 millions) et des organisations locales (1,5 million). Facture mensuelle par résident : environ 5 000 euros.

Avant l'admission, un questionnaire précis sur le mode de vie du futur résident détermine sa maison d'accueil. Le personnel porte des vêtements de ville, jamais de tenue clinique, et adapte sa posture au style de la maison : voisin ici, personnel de maison là.

La nuance que TikTok oublie : le café-restaurant du village n'est pas un décor tenu par des soignants qui jouent un rôle. C'est un vrai commerce, ouvert aux habitants de Weesp. Le théâtre est loué par des entreprises locales. Pas une mise en scène permanente, un quartier qui fonctionne.

Et la promesse qu'on lit partout, moins de médicaments, une meilleure qualité de vie, une vie plus longue ? Elle n'est pas démontrée scientifiquement. L'agence canadienne du médicament et des technologies de la santé (CDA-AMC) l'a vérifié : sa revue de littérature n'a trouvé aucune étude publiée sur De Hogeweyk lui-même, seulement quatre études sur des villages européens, difficiles à transposer. STAT News a résumé le problème en un titre : les villages pour personnes atteintes de démence fonctionnent-ils vraiment ? On n'en sait rien.

Concrètement au comptoir, ça te parle directement. La question des psychotropes et des neuroleptiques chez le sujet âgé atteint de démence, tu la croises chaque semaine, sans miracle venu des Pays-Bas. Et quand une famille te questionne sur les solutions d'accueil, tu peux parler du concept et de son ambition. Pas vendre un résultat de santé qu'aucune étude n'a encore mesuré.

Source : De Hogeweyk, site officiel