NIH et liberté d'expression : la recherche sur les financements prend une tournure juridique
Une plainte vient d'être déposée contre le NIH américain, accusé de rejeter des demandes de financement sur la base de mots-clés jugés politiquement sensibles. L'ACLU monte au créneau. Un signal d'alarme pour toute la recherche pharmaceutique mondiale.
Le NIH dans le viseur de la justice américaine. Et ça pourrait faire mal au-delà des frontières.
Une nouvelle plainte, portée notamment par l'ACLU (Union américaine pour les libertés civiles), vient d'être déposée contre le National Institutes of Health. L'accusation : le NIH filtre les demandes de subventions de recherche en scannant les dossiers à la recherche de termes spécifiques, et rejette ceux qui contiennent les mots jugés indésirables. La plainte argue que ce processus viole le Premier Amendement de la Constitution américaine, celui qui garantit la liberté d'expression.
La procédure demande au tribunal de suspendre ce mécanisme de tri algorithmique des dossiers de financement. En clair : on ne veut plus que la sémantique politique décide du sort d'un projet de recherche scientifique.
Pourquoi ça te concerne, toi pharmacien en France ? Parce que le NIH est le premier financeur public de recherche biomédicale au monde, avec un budget annuel qui dépasse les 47 milliards de dollars. Quand le NIH tousse, la R&D mondiale éternue. Les molécules qui atterrissent un jour sur tes rayons ont souvent été financées, en partie ou totalement, par des subventions NIH en amont.
Si des projets de recherche sont écartés non pas sur leur valeur scientifique mais sur leur vocabulaire, c'est tout le pipeline thérapeutique mondial qui peut en pâtir. Des thérapies en oncologie, en maladies rares, en infectiologie... potentiellement retardées ou abandonnées pour des raisons idéologiques.
Le contexte est celui d'une administration Trump 2.0 qui a déjà engagé des coupes significatives dans le financement fédéral de la recherche et imposé des restrictions sur certains domaines d'étude. Ce n'est pas la première plainte liée aux politiques scientifiques de l'administration, mais c'est la première à invoquer explicitement la liberté d'expression dans le processus d'attribution des grants.
L'issue de cette procédure judiciaire pourrait redéfinir les règles du jeu pour l'ensemble des agences fédérales de financement américaines, et par ricochet influencer les partenariats public-privé avec les grands groupes pharmaceutiques qui opèrent aussi en Europe et en France.
Demain matin au comptoir : rien de concret à faire aujourd'hui. Mais garde un oeil sur ce dossier. Si la R&D américaine ralentit sous pression politique, c'est l'accès aux innovations thérapeutiques futures qui se resserre pour tout le monde.
Source : STAT News