Complémentaires santé : +7,5 Md€ de taxes, l'officine dans la ligne de mire

Le président de la Mutualité française tire la sonnette d'alarme : les taxes sur les complémentaires santé ont bondi de 400 millions à 7,5 milliards d'euros en vingt ans. Quand les mutuelles toussent, les pharmacies éternuent.

Contexte

Invité sur franceinfo le 19 septembre 2026, Éric Chenut, président de la Mutualité française, a appelé les parlementaires à réduire les taxes sur les organismes complémentaires d'assurance maladie (OCAM) pour éviter une nouvelle hausse des cotisations. En vingt ans, la pression fiscale sur ces acteurs est passée de 400 millions à 7,5 milliards d'euros - une multiplication par près de 19. La conséquence directe : une pression tarifaire croissante sur les remboursements complémentaires, et donc sur les réseaux de soins qui en dépendent. L'officine est en première ligne. Près de 95 % des Français disposent d'une complémentaire santé, et une part significative du chiffre d'affaires officinal - notamment sur l'optique, les dispositifs médicaux, la parapharmacie remboursée - est conditionnée aux politiques de remboursement et aux réseaux préférentiels que construisent ces mutuelles. La discussion budgétaire qui s'ouvre à l'automne 2026 va être déterminante : si le Parlement n'allège pas la fiscalité des OCAM, une hausse des cotisations est probable, avec des arbitrages douloureux sur les niveaux de remboursement.

Analyse business

L'alerte de la Mutualité française n'est pas un signal isolé : c'est un avertissement structurel qui concerne directement la rentabilité des officines sur trois segments clés.

1. Le financement complémentaire, pilier discret du CA officinal Les complémentaires santé remboursent une part non négligeable des dépenses de santé françaises. Selon les données de la DREES (Comptes de la santé 2024), les OCAM financent environ 12 % de la consommation de soins et de biens médicaux (CSBM), soit autour de 30 milliards d'euros. Sur les médicaments remboursables, leur part reste limitée (ticket modérateur), mais sur les dispositifs médicaux et l'optique, elle est déterminante. Le détail chiffré de la part liée aux remboursements complémentaires dépend du volume et du mix produit de chaque officine, mais ce flux reste à ne pas sous-estimer.

2. Hausse des cotisations = compression des garanties = moins de remboursements Le mécanisme est simple : si les taxes grèvent les OCAM à hauteur de 7,5 Md€ par an, les mutuelles cherchent à rééquilibrer soit par la hausse des cotisations, soit par la réduction des remboursements, soit par le renforcement des réseaux fermés. Ce dernier levier - les réseaux préférentiels - est le plus dangereux pour les officines non-réseau : un patient orienté vers une pharmacie partenaire, c'est un patient perdu pour les autres.

3. L'enjeu PLFSS 2027 et la fenêtre parlementaire La séquence budgétaire de l'automne est critique. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027 sera discuté dès octobre. Si les amendements portant sur la fiscalité des OCAM ne passent pas, les mutuelles ajusteront leurs garanties dès le 1er janvier 2027. Les pharmaciens titulaires ont un levier : leurs fédérations (FSPF, USPO) peuvent peser dans les consultations parlementaires pour défendre le maintien de remboursements larges sur les dispositifs médicaux et les préparations. À ce jour, ni la FSPF ni l'USPO n'ont publié de position formelle sur ce dossier fiscal précis - à surveiller dans les prochaines semaines.

Recommandations actionnables

1. Cartographie de ton CA complémentaire - Analyse dans ton logiciel de gestion la part du CA issue des remboursements complémentaires (DMI, optique, contention, orthopédie). Si cette part est significative dans ton mix de CA, la compression des garanties OCAM te touche directement. Agis avant janvier 2027.

2. Réseau préférentiel : y entrer ou s'en protéger - Évalue les offres de réseau des grandes mutuelles (Harmonie, MGEN, etc.). Être référencé peut sécuriser un flux patient ; être exclu peut le tarir. La décision est stratégique et dépend de ton profil de patientèle.

3. Renforcer les missions hors-complémentaire - Diversifie vers des missions 100 % conventionnées AM (entretiens pharmaceutiques AVK/AOD/asthme/anticancéreux oraux, bilans partagés de médication) ou vers l'OTC et la parapharmacie à marge libre, pour réduire la dépendance aux remboursements OCAM.

4. Suivre le PLFSS dès octobre - Paramètre une alerte sur les amendements concernant la taxation des OCAM. Une modification de l'article concerné peut changer le scénario du tout au tout avant la fin de l'année.

5. Interpeller ton syndicat - Écris à ta délégation régionale FSPF ou USPO pour demander une prise de position officielle sur la fiscalité des complémentaires et son impact réseau officinal. Le silence syndical sur ce sujet est une occasion manquée de peser.

Sources citees

- France Info Santé - Interview Éric Chenut, président de la Mutualité française

Source : Pharm'Actus · France Info Santé – Interview Éric Chenut, président de la Mutualité française