Le saviez-vous ? L'héroïne était vendue comme sirop contre la toux

En 1898, Bayer commercialisait l'héroïne comme médicament miracle contre la toux et l'asthme. Un antidouleur révolutionnaire qui créait une dépendance... par accident.

1898, laboratoires Bayer en Allemagne. Heinrich Dreser, pharmacologue de génie, vient de synthétiser une nouvelle molécule à partir de la morphine : la diacétylmorphine. Il lui donne le nom d'« héroïne », du mot allemand « heroisch » (héroïque), car ses effets semblent extraordinaires.

Bayer lance immédiatement la commercialisation. L'héroïne est vendue sans ordonnance sous forme de sirop, de pastilles et même de poudre. Le slogan ? « Plus efficace que la morphine, sans accoutumance ». Un mensonge qui va coûter cher à l'humanité.

Le succès est fulgurant. En quelques mois, l'héroïne devient le médicament le plus prescrit contre la toux, l'asthme et même les règles douloureuses. Les médecins la recommandent aux enfants dès 2 ans. Bayer en vend dans 23 pays.

Mais dès 1902, les premiers cas de dépendance apparaissent. Les patients réclament des doses toujours plus fortes. En 1905, les hôpitaux new-yorkais signalent une épidémie de « morphinisme héroïnique ». Trop tard : des millions de personnes sont déjà accros.

L'interdiction tombe en 1924 aux États-Unis, en 1931 en Europe. Bayer, qui avait déjà perdu sa marque « Aspirine » après la Première Guerre mondiale, perd aussi l'héroïne. Double peine.

Aujourd'hui, quand tu délivres un antitussif ou un antalgique, tu participes à un système de pharmacovigilance que nos prédécesseurs n'imaginaient même pas. Chaque effet indésirable compte, chaque signalement peut éviter un nouveau désastre « héroïque ».

Source : Pharm'Alpha