Le saviez-vous ? On diagnostiquait la syphilis en reniflant le patient
Avant les analyses de labo, les médecins avaient des méthodes... olfactives. La syphilis, grande terreur des XVe-XVIIIe siècles, se détectait notamment à l'odeur. Et le traitement qui suivait était parfois pire que la maladie.
La syphilis débarque en Europe en 1495, dans les bagages des soldats de Charles VIII qui rentrent de Naples. En quelques décennies, elle décime des milliers de personnes. Problème : personne ne sait vraiment comment la reconnaître avec certitude.
Alors les médecins font avec leurs sens. Littéralement. Certains praticiens affirmaient pouvoir détecter la syphilis à l'odeur des lésions cutanées - une odeur décrite comme « soufrée » ou « fétide ». D'autres diagnostiquaient à vue : les chancres, les plaques sur la langue, la chute des cheveux. Un médecin vénitien, Girolamo Fracastoro, qui donne d'ailleurs son nom à la maladie en 1530 dans un poème (si, si), théorisait déjà une transmission par contact - révolutionnaire pour l'époque.
Mais voilà le twist : une fois diagnostiqué, le patient avait presque intérêt à ne pas l'être. Le traitement standard pendant quatre siècles ? Le mercure. On en badigeonnait le corps, on en faisait inhaler les vapeurs, on l'ingérait. L'idée : faire « suer » la maladie hors du corps. Résultat : chute des dents, ulcères, tremblements, insuffisance rénale. Les patients mouraient souvent... du remède.
Il faudra attendre 1905 pour que Fritz Schaudinn identifie enfin Treponema pallidum au microscope. Puis 1906 pour le premier test sérologique fiable : le test de Wassermann. Et c'est seulement en 1943 que la pénicilline est utilisée pour la première fois contre la syphilis - avec un succès fulgurant.
Aujourd'hui, au comptoir, on délivre des kits d'autotest syphilis en vente libre depuis 2022 en France. En moins de 20 minutes, sans médecin, sans odeur, sans mercure. Quatre siècles de galère diagnostique résumés dans une bandelette. On a quand même bien progressé.
Source : Pharm'Alpha