Le saviez-vous ? On testait les médicaments sur des condamnés à mort

Avant les essais cliniques modernes, les cobayes les plus commodes étaient ceux qui n'avaient rien à perdre. Des siècles durant, prisons et échafauds ont servi de laboratoires officieux. Une pratique qui a façonné, malgré elle, les bases de la pharmacologie.

Remonte avec moi en 1721. Boston. Une épidémie de variole ravage la ville. Un médecin, Zabdiel Boylston, veut tester l'inoculation - l'ancêtre du vaccin. Ses premiers cobayes volontaires ? Son propre fils de six ans. Et des esclaves. Personne d'autre n'acceptait.

Mais Boston, c'est presque de la philanthropie comparé à ce qui se passait en Europe. En France, sous l'Ancien Régime, les condamnés à mort se voyaient régulièrement proposer un marché : participer à une expérience médicale en échange d'une commutation de peine. Laudanum, purgatifs violents, préparations à base d'arsenic ou d'antimoine - tout y passait. Les médecins notaient scrupuleusement les effets. Puis le bourreau faisait son travail, ou pas.

Le twist ? C'est que certains de ces « protocoles » ont abouti à des découvertes réelles. En 1796, Edward Jenner teste son vaccin antivariolique sur James Phipps, un gamin de huit ans - fils de son jardinier. Pas un prisonnier, mais toujours quelqu'un qui ne pouvait pas vraiment refuser.

Au XIXe siècle, aux États-Unis, le tristement célèbre J. Marion Sims, considéré comme le père de la gynécologie moderne, a perfectionné ses techniques chirurgicales en opérant des femmes esclaves, sans anesthésie, des dizaines de fois. Ses découvertes sont encore utilisées. Son histoire, elle, fait toujours débat.

Ce n'est qu'en 1947, après les procès de Nuremberg et les horreurs médicales nazies, que le Code de Nuremberg a posé les premières règles éthiques claires : consentement éclairé, droit de se retirer, absence de contrainte. La Déclaration d'Helsinki a suivi en 1964.

Aujourd'hui, quand tu remets une notice à un patient et que tu lui expliques un essai clinique ou un protocole thérapeutique, tu es l'héritier direct de ce long combat pour l'éthique médicale. Chaque consentement signé, c'est un peu l'histoire qui se rachète.

Source : Pharm'Alpha