Le saviez-vous ? La gangrène se soignait avec des asticots... et ça marchait

Avant les antibiotiques, les chirurgiens avaient une arme secrète dégoûtante mais redoutablement efficace. Des larves de mouches nichées dans les plaies infectées. Et ce n'était pas de la médecine désespérée - c'était de la médecine brillante.

On est en 1917, sur le front de la Première Guerre mondiale. Le chirurgien américain William Baer opère dans des conditions d'horreur absolue. Il récupère un soldat blessé depuis deux jours dans un champ de bataille, couvert de boue, de sang... et d'asticots. Le genre de cas qui s'annonce fatal.

Sauf que Baer remarque quelque chose d'étrange. Les plaies infestées de larves sont propres. Pas de gangrène. Pas de nécrose. Les tissus en dessous sont roses, vivants. Les autres blessures, elles, pourrissent.

Le twist ? Les asticots ne mangent que les tissus morts. Pas les tissus sains. Ils nettoient la plaie avec une précision chirurgicale qu'aucun scalpel ne peut égaler. Et en plus, ils sécrètent de l'allantoïne - une substance qui stimule la cicatrisation et tue les bactéries. La nature avait inventé le débridement mécanique bien avant nous.

Barer rentre aux États-Unis et teste ça officiellement sur des enfants atteints d'ostéomyélite chronique en 1928. Résultats bluffants. Des cas considérés comme incurables guérissent en quelques semaines. La "larvothérapie" devient une vraie pratique médicale dans les années 30, utilisée dans des centaines d'hôpitaux.

Et puis la pénicilline arrive dans les années 40. Les antibiotiques font oublier tout ça d'un coup. Les asticots, c'est fini, c'est sale, c'est archaïque.

Sauf que... la résistance aux antibiotiques a changé la donne. Depuis les années 2000, la larvothérapie est officiellement réhabilitée. La FDA américaine a approuvé des asticots stériles de Lucilia sericata comme dispositif médical en 2004. En France, certains services de plaies chroniques les utilisent encore aujourd'hui - sur des ulcères diabétiques, des escarres, des plaies post-chirurgicales. La prochaine fois qu'un patient te parle de "médecine naturelle", tu peux lui raconter celle-là. Elle a quand même 100 ans d'avance.

Source : Pharm'Alpha