Le saviez-vous ? On soignait les crises cardiaques avec du nitroglycérine

La même substance qui fait exploser les tunnels a sauvé des millions de cœurs. Pendant des décennies, les médecins ont prescrit de l'explosif industriel à leurs patients. Et ça marchait vraiment.

Accroche-toi bien. En 1847, un chimiste italien du nom d'Ascanio Sobrero synthétise pour la première fois la nitroglycérine. Un liquide huileux, jaunâtre, instable - et terriblement explosif. Quelques années plus tard, Alfred Nobel s'en empare pour inventer la dynamite. Jusque-là, on est dans le manuel de chimie industrielle, pas dans celui de pharmacologie.

Sauf que voilà le twist : dès 1878, un médecin américain, William Murrell, remarque quelque chose d'étrange. Ses patients cardiaques qui prennent de la nitroglycérine en micro-doses voient leurs douleurs thoraciques disparaître en moins de deux minutes. Il publie ses résultats, les médecins sont sceptiques - qui oserait donner de l'explosif à un malade ?

Et pourtant, ça devient officiel. On comprend progressivement que la nitroglycérine, en quantités infimes, dilate les artères coronaires et soulage l'angine de poitrine. Les ouvriers des usines de dynamite de l'époque, eux, avaient remarqué depuis longtemps que leurs maux de tête du lundi disparaissaient dès qu'ils remettaient les pieds à l'usine - parce qu'ils inhalaient sans le savoir des vapeurs vasodilatatrices.

Pendant des décennies, on a prescrit des comprimés à 0,5 mg de nitroglycérine à des patients cardiaques. Sous la langue. Là, ça fait son effet en 90 secondes chrono.

Aujourd'hui, on sait enfin pourquoi ça fonctionne : la nitroglycérine libère du monoxyde d'azote, un vasodilatateur puissant. C'est Nobel de Chimie 1998 pour cette découverte. Le même Nobel qui doit son nom à l'inventeur de la dynamite - la boucle est bouclée.

Au comptoir, la trinitrine est encore là, fidèle au poste, sous forme de spray ou de comprimés sublinguaux. La prochaine fois qu'un patient te demande pourquoi son médicament ressemble à de la dynamite, tu peux lui dire : parce que c'est exactement ça.

Source : Pharm'Alpha