Le saviez-vous ? On soignait les maladies mentales avec des dents arrachées
Au début du XXe siècle, un psychiatre américain était convaincu d'avoir trouvé la cause de la folie. Sa théorie ? Une infection cachée dans les dents. Sa solution ? Les arracher toutes. Sans exception.
Henry Cotton était médecin-chef de l'asile de Trenton, dans le New Jersey. Nous sommes en 1916. Et cet homme est persuadé d'avoir résolu le mystère de la schizophrénie.
Sa théorie s'appelle la "focal infection". Selon lui, les bactéries planquées dans les dents ou les amygdales produisent des toxines qui remontent jusqu'au cerveau et déclenchent la folie. Logique, non ? Sauf que non.
Cotton passe immédiatement à l'action. Il arrache les dents de ses patients psychiatriques. Tous. D'un coup. Même ceux qui n'ont aucun problème dentaire visible. Et comme ça ne suffit pas à les guérir, il continue : amygdales, estomac, côlon, utérus... Il retire les organes un par un, convaincu que la bactérie se cache ailleurs.
Le twist qui fait froid dans le dos : Cotton publie des résultats spectaculaires. Il annonce 85 % de guérisons. Il est célébré, invité à des conférences, cité en exemple. Personne ne vérifie ses chiffres. Quand une chercheuse indépendante, Phyllis Greenacre, audite discrètement ses dossiers en 1922... elle découvre que le taux de mortalité de ses patients dépasse 30 %. Certains meurent des suites des opérations, pas de leur maladie.
La direction de l'asile enterre son rapport. Cotton, lui, continue d'opérer jusqu'à sa mort en 1933. Et par cohérence absolue - on lui accordera ça - il se fait lui-même arracher toutes les dents.
Cette histoire rappelle pourquoi la médecine fondée sur les preuves n'est pas un luxe académique. Aujourd'hui, avant qu'un médicament arrive dans ton tiroir de comptoir, il passe par des essais cliniques rigoureux, des comités d'éthique, des agences réglementaires. Ce n'est pas de la bureaucratie. C'est ce qui empêche le prochain Henry Cotton de sévir.
Source : Pharm'Alpha