Le saviez-vous ? L'urine servait de test de grossesse officiel jusqu'en 1970
Pendant des décennies, savoir si une femme était enceinte nécessitait une seringue, une souris, et deux jours d'attente. Aucune bandelette. Aucun digital. Juste une injection d'urine dans le flanc d'un rongeur. Et ça marchait vraiment.
On est en 1927. Deux chercheurs berlinois, Selmar Aschheim et Bernhard Zondek, viennent de mettre au point le premier test de grossesse fiable de l'histoire. Le principe ? Injecter les urines de la femme à tester sous la peau d'une souris immature. Si la souris développait des follicules ovariens matures 96 heures plus tard, c'était positif. Autrement dit : enceinte.
Ce test, baptisé « Aschheim-Zondek » ou simplement « A-Z », reposait sur la détection de l'hormone HCG - la même qu'on traque aujourd'hui sur nos bandelettes à 2 euros. Sauf qu'à l'époque, il fallait sacrifier l'animal, l'autopsier, et examiner ses ovaires au microscope. Délai minimum : deux jours. Prix : celui d'un laboratoire entier.
Et voilà le twist. Dans les années 1930, un biologiste sud-africain, Lancelot Hogben, remplace la souris par une grenouille africaine à griffes - la Xenopus laevis. Avantage de taille : la grenouille pond des œufs en réponse à l'HCG humaine dans les 12 heures. Et surtout, elle survit. On peut la réutiliser. Les hôpitaux du monde entier se mettent alors à commander des cargaisons entières de grenouilles vivantes, exportées depuis le Cap. Des milliers d'amphibiens font le tour du globe dans des caisses perforées pour diagnostiquer des grossesses.
Problème : on a découvert bien plus tard que ces grenouilles transportaient un champignon pathogène, le Batrachochytrium dendrobatidis, responsable d'une épidémie mondiale qui a décimé des centaines d'espèces d'amphibiens. Un test de grossesse aurait contribué à l'une des plus grandes extinctions animales du XXe siècle.
Aujourd'hui, le test immunologique sur bandelette - inventé en 1960 et démocratisé dans les années 1970 - fait tout ça en 3 minutes, sans grenouille, sans souris, sans microscope. Quand une patiente t'apporte son test positif à l'officine pour confirmer avec le pharmacien, rappelle-toi : derrière ce petit bâtonnet plastique, il y a un siècle de souris sacrifiées, de grenouilles voyageuses et d'une catastrophe écologique qu'on n'avait pas vue venir.
Source : Pharm'Alpha