Le saviez-vous ? On soignait la coqueluche en faisant respirer du gaz d'usine
Avant les antibiotiques, les médecins envoyaient les enfants tousser dans les usines à gaz. Pas une métaphore. Littéralement. Et ça a duré jusqu'au XXe siècle.
Imagine la scène. On est en 1880, ton gamin tousse à s'en décrocher les poumons, la coqueluche est en train de l'épuiser. Et le médecin te dit, avec tout son sérieux de docteur : « Emmenez-le respirer près du gazomètre du quartier. »
Le gazomètre, c'est cette immense cuve métallique qui stocke le gaz de houille pour alimenter les réverbères. Ça pue le soufre, les goudrons, l'ammoniac. Et c'était considéré, officiellement, comme un traitement médical contre la coqueluche.
L'idée n'était pas complètement sortie de nulle part. En 1802, un médecin anglais nommé Thomas Beddoes avait déjà expérimenté des « thérapies par inhalation » avec toutes sortes de gaz. Son institution de Bristol, le Pneumatic Institute, testait le protoxyde d'azote, l'oxygène, le dioxyde de carbone. Beddoes était convaincu que les gaz industriels avaient des vertus médicales insoupçonnées. Il n'avait pas tout tort sur le principe - mais sur la coqueluche, c'était du vent.
Le twist ? Les enfants allaient parfois mieux. Pas grâce au gaz toxique, évidemment. Mais parce que le trajet en plein air, loin des appartements surpeuplés et mal ventilés, leur faisait objectivement du bien. C'était l'air frais qui soignait, pas les émanations d'usine. Le médecin avait trouvé la bonne prescription pour les mauvaises raisons.
Cette pratique a survécu dans certaines régions rurales françaises jusqu'aux années 1930. Des familles faisaient des kilomètres en charrette pour approcher leurs enfants des chantiers de goudron ou des distilleries. Pendant ce temps, le vaccin contre la coqueluche était en cours de développement - il sera finalement disponible dans les années 1940.
Aujourd'hui, la coqueluche revient en force en Europe. Les rappels vaccinaux adultes sont souvent oubliés, et c'est nous, au comptoir, qui rattrapons le coup. La prochaine fois qu'un patient rechigne à se faire vacciner, pense au gazomètre de 1880. On a fait pire - et de loin.
Source : Pharm'Alpha