Le saviez-vous ? On opérait les calculs rénaux... sans anesthésie, en 90 secondes

Avant le XIXe siècle, la lithotomie - l'ablation chirurgicale des calculs vésicaux - était l'une des opérations les plus courantes en Europe. Le chirurgien avait exactement 90 secondes pour opérer. Après, le patient mourait de douleur ou de choc. Et pourtant, certains opérateurs affichaient des taux de survie... insolents.

Imagine-toi sur une table en bois, les jambes attachées en l'air, les mains liées aux chevilles. Un chirurgien s'approche avec un scalpel. Pas d'anesthésie. Pas de morphine. Juste toi, lui, et 90 secondes pour retirer une pierre coincée dans ta vessie.

C'est ça, la lithotomie - de lithos, pierre en grec - et c'était une pratique courante du XVIe au XIXe siècle. Les calculs vésicaux étaient un fléau de l'époque : mauvaise alimentation, eau calcaire, rien pour les dissoudre. Alors on opérait. À vif.

Le twist ? Certains chirurgiens étaient d'une rapidité proprement terrifiante. William Cheselden, chirurgien londonien du XVIIIe siècle, réalisait l'opération en 54 secondes chrono. Il avait un taux de mortalité de 9 %, ce qui était... exceptionnel pour l'époque. Ses collègues moins agiles perdaient 50 % de leurs patients. La vitesse, c'était littéralement une question de vie ou de mort : moins de temps sous le scalpel = moins de choc hémorragique et infectieux.

Et ce n'est pas tout. Samuel Pepys, le célèbre diariste anglais, survécut à sa lithotomie en 1658. Il garda la pierre dans une boîte en bois toute sa vie et organisait chaque année un dîner pour fêter son anniversaire de survie. Classe.

Le vrai tournant arrive en 1846 avec la première anesthésie générale à l'éther. Soudain, le chronomètre disparaît. Le chirurgien peut prendre son temps, être précis, limiter les dégâts. La survie explose.

Aujourd'hui, les calculs rénaux se traitent par ondes de choc ou laser, en ambulatoire, en 30 minutes, sous anesthésie légère. Au comptoir, on dispense du citrate de potassium pour prévenir les récidives, on explique l'hydratation, l'alimentation. La même pathologie, vieille de millénaires - et une prise en charge qui n'a plus rien à voir avec 90 secondes de terreur sur une planche en bois.

Source : Pharm'Alpha