Le saviez-vous ? On soignait l'insomnie avec du bromure... et on rendait fou

Pendant près d'un siècle, le bromure de potassium a été LE remède universel contre l'insomnie, l'anxiété et l'épilepsie. Problème : à hautes doses, il transformait les patients en légumes. Et les médecins continuaient à en prescrire.

Imagine : on est en 1857, à Londres. Un médecin nommé Charles Locock annonce devant la Société royale de médecine qu'il a trouvé le remède miracle contre l'épilepsie. Son arme secrète ? Le bromure de potassium. Un sel minéral, simple, pas cher, facile à produire.

Le succès est immédiat et fulgurant. En quelques années, le bromure devient le médicament psychiatrique le plus prescrit d'Europe. Insomnie, hystérie, nervosité, crises d'angoisse : tout y passe. En France, à la fin du XIXe siècle, on en consomme des tonnes chaque année. Littéralement. Les hôpitaux psychiatriques en distribuent comme des bonbons.

Voilà le twist que personne n'avait vu venir : le bromure s'accumule dans l'organisme. Il ne se élimine pas bien. Et à force d'en prendre, les patients développent ce qu'on appellera le « bromisme ». Acné terrible, troubles de la mémoire, confusion mentale, hallucinations, délires. Des patients internés pour dépression ressortaient en pire état qu'à l'entrée. Le remède créait la maladie qu'il était censé soigner.

Le comble ? Pendant des décennies, les médecins ont mis ces nouveaux symptômes sur le compte de la maladie initiale. Et prescrivaient encore plus de bromure. C'est le cercle vicieux parfait. Ce n'est qu'au début du XXe siècle, avec l'arrivée des barbituriques, que le bromure commence à perdre sa couronne. Mais certains pays l'utilisaient encore dans les années 1970.

Aujourd'hui, le bromure a totalement disparu des pharmacies françaises. Mais l'histoire reste une leçon cuisante : un médicament efficace à court terme peut être catastrophique à long terme. Pile le genre de vigilance qu'on exerce chaque jour au comptoir, quand on surveille l'accumulation d'un traitement chronique chez un patient fragile.

Source : Pharm'Alpha