Le saviez-vous ? On soignait l'angine avec des sangsues dans la gorge
Avant les antibiotiques, les médecins avaient une solution radicale contre les angines purulentes : planter des sangsues directement sur les amygdales. Une technique aussi terrifiante qu'elle était sérieuse, pratiquée pendant plus d'un siècle dans les hôpitaux européens.
Imagine la scène. Ton patient arrive avec une angine bien purulente, 39°C, gorge en feu. Et toi, au lieu de lui tendre un sachet d'amoxicilline, tu saisis une pince longue et tu lui demandes d'ouvrir grand la bouche.
Parce qu'entre 1780 et 1880 environ, le traitement de référence pour les angines sévères - et plus largement pour les inflammations profondes de la gorge - c'était la sangsue pharyngée. On plaçait des Hirudo medicinalis directement sur les amygdales gonflées, parfois deux ou trois d'un coup, maintenues en place à l'aide de petits tubes métalliques spécialement conçus pour ça. On les appelait des « sangsues internes » dans les traités médicaux de l'époque.
Le twist qui fait froid dans le dos : le vrai danger n'était pas la douleur. C'était l'oubli. Une sangsue rassasiée peut décrocher et glisser vers le larynx. Des patients sont morts asphyxiés. Les médecins le savaient. Ils attachaient donc un fil de soie à chaque sangsue pour pouvoir la récupérer. Un fil. Dans la gorge. Pour ne pas perdre l'animal.
Cette pratique s'inscrivait dans la grande théorie des « phlébotomies locales » popularisée par François-Joseph-Victor Broussais, médecin parisien à qui on doit aussi d'avoir rendu la France entière addict aux saignées entre 1820 et 1840. À son apogée, la France importait 40 millions de sangsues par an. Par an.
La chute de ce système ? Louis Pasteur et les travaux sur les bactéries ont démontré que l'inflammation était causée par des agents microbiens, pas par un excès de sang à évacuer. Les sangsues médicales ont été progressivement abandonnées... avant de revenir discrètement.
Aujourd'hui, la sangsue médicale est inscrite sur la liste des dispositifs médicaux en France et utilisée en chirurgie reconstructrice pour relancer la microcirculation après des greffes de doigts ou d'oreilles. Si un jour un collègue en commande à la pharmacie, ne t'affole pas. Et garde le fil de soie, juste au cas où.
Source : Pharm'Alpha