Le saviez-vous ? On guérissait l'angine de poitrine en sniffant du nitrite d'amyle

Avant les patchs et les comprimés sublinguaux, les crises d'angine se traitaient avec un flacon qu'on cassait sous le nez. Un truc qui sentait le vernis à ongles et qui faisait tourner la tête en 15 secondes. Et devinez ce que les clubbers des années 70 ont détourné à des fins... récréatives.

On est en 1867. Sir Thomas Lauder Brunton, un jeune médecin écossais de 23 ans, travaille à l'Edinburgh Royal Infirmary. Il soigne des patients qui souffrent d'angine de poitrine : ces douleurs thoraciques fulminantes qui peuvent tuer net. Le problème ? Il n'a pas grand-chose dans sa trousse.

Brunton sait que les saignées soulagent un peu les crises - en abaissant la pression artérielle. Mais bon, saigner le patient à chaque crise, c'est moyen sur le long terme. Il se souvient alors d'une molécule synthétisée quelques années plus tôt par un chimiste français : le nitrite d'amyle. Un liquide jaunâtre, volatile, qu'on renifle directement depuis un flacon de verre.

Il teste. Et c'est foudroyant. En 15 à 30 secondes, la crise cède. La vasodilatation est immédiate, la pression chute, la douleur disparaît. Brunton publie ses résultats dans The Lancet la même année. Le nitrite d'amyle devient LE traitement de l'angine pendant des décennies. Les patients se baladaient avec leurs petits flacons à casser sous le nez - comme des smelling salts, mais cardiaques.

Le twist ? En 1879, un chimiste suédois nommé William Murrell teste la nitroglycérine - oui, l'explosif de Nobel - et obtient les mêmes effets vasodilatateurs. Plus pratique, plus durable. La trinitrine prend le relais. Mais le nitrite d'amyle, lui, ne disparaît pas vraiment...

Dans les années 70, la communauté gay américaine redécouvre les petits flacons - rebaptisés « poppers » - pour leurs effets euphorisants et relaxants musculaires. Même molécule, même mécanisme, usage radicalement différent. La FDA américaine tente d'interdire, échoue, finit par réguler.

Aujourd'hui, la trinitrine est toujours là, sous forme de spray sublingual ou de patch. Quand un patient te demande comment ça marche, tu peux lui dire que le principe vient d'un médecin de 23 ans qui cherchait juste une alternative aux saignées - et qui a accidentellement inventé la vasodilatation thérapeutique moderne.

Source : Pharm'Alpha