Le saviez-vous ? L'oxygène a failli rester un gaz mortel oublié
En 1774, un pasteur bricoleur découvre l'oxygène dans son salon. Personne ne comprend ce que c'est. Et pendant des décennies, les médecins vont en faire n'importe quoi - y compris tuer des patients avec.
En août 1774, Joseph Priestley, pasteur anglais et chimiste autodidacte, chauffe de l'oxyde de mercure rouge dans son laboratoire improvisé de Wiltshire. Un gaz s'échappe. Une bougie brûle plus fort. Une souris y survit deux fois plus longtemps qu'à l'air normal. Il vient de découvrir l'oxygène - sans le savoir.
Priestley appelle ça « l'air déphlogistiqué ». Il croit encore à la théorie du phlogistique, une vieille théorie fumiste selon laquelle le feu libère une substance invisible. C'est Lavoisier, à Paris, qui comprend le premier ce que c'est vraiment - et qui lui donne le nom d'oxygène en 1777. Priestley, lui, mourra en 1804 convaincu que Lavoisier a tort.
Le twist ? Dès les années 1780, des médecins s'emparent de l'oxygène pur comme d'un remède miracle. On l'inhale dans des salons payants à Londres pour « purifier le sang ». On le prescrit aux tuberculeux, aux asthmatiques, aux anémiques. Résultat : des patients hyperoxygénés font des convulsions. D'autres meurent d'embolie. L'enthousiasme tourne vite au désastre.
Il faut attendre 1917 et les travaux de John Scott Haldane - qui s'intoxique lui-même au monoxyde de carbone pour comprendre comment l'hémoglobine transporte les gaz - pour poser les bases d'une oxygénothérapie sérieuse. L'usage clinique rigoureux ne s'impose vraiment qu'après la Seconde Guerre mondiale, avec les premiers concentrateurs médicaux.
Aujourd'hui, l'oxygène est classé médicament depuis 1989 en France. Il a une AMM, une posologie, des contre-indications. On ne donne pas de l'O2 à 15 L/min à un BPCO comme si c'était de l'eau fraîche - ça peut lui couper sa commande ventilatoire. Un gaz découvert dans un salon de pasteur, devenu l'un des médicaments les plus prescrits au monde. Pas mal pour un « air déphlogistiqué ».
Source : Pharm'Alpha