Le saviez-vous ? On traitait les maladies infantiles avec des suppositoires de tabac
Pendant près de deux siècles, le tabac n'était pas seulement une herbe à fumer. C'était un remède officiel, prescrit aux enfants, administré par voie rectale. Et les médecins y croyaient dur comme fer.
Le tabac débarque en Europe au XVIe siècle, ramené des Amériques par les explorateurs. Jean Nicot, l'ambassadeur français au Portugal - oui, celui qui a donné son nom à la nicotine - en envoie des feuilles à Catherine de Médicis en 1560 pour soigner ses migraines. Ça commence plutôt fort.
Mais l'histoire prend un tournant franchement inattendu au siècle suivant. Les médecins européens, convaincus que la fumée de tabac a des vertus purifiantes et stimulantes, l'adoptent comme arme thérapeutique universelle. Et pour les enfants qui ne peuvent pas fumer, ils trouvent une solution radicale : le suppositoire de tabac. Administré pour traiter les coliques, les vers intestinaux, les constipations sévères, et même les évanouissements.
Le twist qui fait froid dans le dos ? Cette pratique était codifiée dans les pharmacopées officielles. Ce n'était pas de la médecine de charlatan. C'était le protocole recommandé. Les apothicaires préparaient ces suppositoires en boutique, les médecins les prescrivaient sans sourciller. Certains textes médicaux du XVIIe siècle recommandaient également d'insuffler de la fumée de tabac dans le rectum des noyés pour les réanimer - une technique qui a même donné naissance à des appareils spécialisés installés au bord de la Tamise à Londres.
La Société Royale de Londres validait encore cette méthode de réanimation en 1788. Il a fallu attendre les premières études sérieuses sur la toxicité de la nicotine, au milieu du XIXe siècle, pour que ces pratiques commencent à reculer sérieusement.
Aujourd'hui, quand un patient te demande si la cigarette peut avoir un effet bénéfique sur ses intestins parce qu'il a lu ça quelque part sur internet, tu peux lui répondre que oui, techniquement, on y a cru pendant 200 ans. Mais que les 500 autres composés toxiques dans la fumée, eux, n'ont pas changé d'avis.
Source : Pharm'Alpha