Le saviez-vous ? La première banque d'yeux fonctionnait dans un frigo de boucherie

En 1944, un ophtalmologue new-yorkais a eu une idée folle : conserver des cornées humaines pour les greffer à la demande. Son labo de fortune ? Une glacière empruntée à un boucher du quartier. Et pourtant, ça a tout changé.

On est en 1944. La Deuxième Guerre mondiale fait rage. Et à New York, un type nommé Richard Townley Paton décide de résoudre un problème qui dure depuis des siècles : comment greffer une cornée quand le donneur et le receveur ne sont jamais au même endroit au même moment ?

Jusque-là, la greffe de cornée existait déjà - la toute première remonte à 1905, réalisée par Eduard Zirm en Autriche sur un ouvrier agricole quasi aveugle. Ça avait marché. Mais le problème restait entier : il fallait opérer dans les heures qui suivaient le décès du donneur. Pas de donneur dispo ce jour-là ? Pas de greffe. Simple comme ça.

Paton, lui, a l'idée de conserver les cornées prélevées dans une solution saline réfrigérée. Et pour stocker tout ça, il récupère une glacière chez un boucher de Manhattan. Voilà la première Eye Bank - la première banque d'yeux au monde - née dans des conditions qui feraient frémir n'importe quel inspecteur sanitaire aujourd'hui.

Le twist ? Ça a fonctionné au-delà de toute espérance. En quelques années, le concept s'est répandu dans tout le pays. Aujourd'hui, les États-Unis comptent plus de 80 banques d'yeux officielles. En France, le réseau des banques de tissus oculaires alimente des milliers de greffes de cornée chaque année - environ 4 500 rien que chez nous.

La greffe de cornée reste d'ailleurs la greffe de tissu la plus pratiquée au monde. Pas de rejet immunitaire majeur, une technique maîtrisée, des résultats souvent spectaculaires. Tout ça parce qu'un ophtalmologue a un jour emprunté le frigo d'un boucher.

Au comptoir, quand un patient te parle de don d'organes en hésitant, rappelle-toi : les cornées, c'est pas spectaculaire comme le cœur ou le foie. Mais pour celui qui recouvre la vue après des années de cécité, c'est tout aussi bouleversant.

Source : Pharm'Alpha