Le saviez-vous ? On traitait la folie avec des anguilles dans l'oreille

Au XVIIIe siècle, certains médecins européens étaient convaincus que la folie venait d'un blocage dans le cerveau. Leur solution ? Envoyer un choc électrique naturel directement dans le conduit auditif. Avec une anguille électrique vivante.

On est en 1750, quelque part en Europe du Nord. Un patient agité, diagnostiqué « mélancolie noire », est allongé sur une table. Le médecin s'approche avec un seau. Dedans : une anguille électrique, Electrophorus electricus, ramenée des colonies à grand frais.

L'idée derrière tout ça est presque logique pour l'époque. La médecine du XVIIIe croit dur comme fer que les troubles mentaux viennent d'une « stase des esprits animaux » - une sorte d'engorgement de l'énergie nerveuse dans le crâne. Et quoi de mieux qu'un choc électrique pour débloquer tout ça ? Les anguilles électriques peuvent délivrer des décharges allant jusqu'à 600 volts. Parfait, non ?

Le twist, c'est que cette pratique n'était pas marginale. Elle était défendue par des médecins sérieux, publiée dans des revues respectées. Un certain Jan Ingenhousz - oui, le même qui découvrira la photosynthèse - s'intéressait de près aux propriétés thérapeutiques de l'électricité animale. L'anguille, c'était en quelque sorte le défibrillateur artisanal du siècle des Lumières.

Bien sûr, les résultats étaient... variables. Certains patients ressortaient « calmés » - probablement sonnés. D'autres développaient des douleurs auriculaires sévères. Quelques-uns ne s'en souvenaient tout simplement plus, ce qui était parfois interprété comme une guérison.

Ce qui est fascinant, c'est que l'intuition n'était pas complètement folle. L'électroconvulsivothérapie (ECT), qu'on utilise encore aujourd'hui pour certaines dépressions résistantes et des épisodes maniaques sévères, repose sur le même principe de base : un choc électrique contrôlé pour « réinitialiser » l'activité cérébrale. La différence, c'est qu'on maîtrise la dose. Et qu'on a remplacé l'anguille par du matériel certifié CE.

La prochaine fois qu'un patient te demande si l'ECT c'est barbare, tu peux lui dire que ça aurait pu être pire. Beaucoup pire.

Source : Pharm'Alpha