Le saviez-vous ? On combattait les épidémies en brûlant des tonnes de poudre à canon

Avant les désinfectants et les masques FFP2, les autorités sanitaires avaient une solution radicale contre la peste et le choléra : faire exploser des barils entiers de poudre à canon dans les rues. Pas pour faire peur aux microbes. Pour purifier l'air. Et pendant deux siècles, tout le monde y a cru.

On est au XVIIe siècle. La peste frappe une ville européenne. Les médecins sont dépassés. Les cadavres s'accumulent. Et la solution officielle des autorités, c'est de sortir les canons.

L'idée repose sur la théorie des miasmes - cette croyance que les maladies voyagent dans un air corrompu, putride, empoisonné. Logique de l'époque : si l'air est mauvais, il faut l'agiter, le secouer, le remplacer. Et quoi de mieux qu'une explosion pour ça ? Les détonations de poudre à canon étaient censées "crever" les poches d'air vicié et forcer un renouvellement salutaire de l'atmosphère.

À Marseille en 1720, lors de la Grande Peste qui tua la moitié de la population, des canons furent effectivement tirés dans les quartiers infectés. À Londres, après la Grande Peste de 1665, des feux de fumigation brûlaient en permanence. En Russie, lors des épidémies de choléra du XIXe siècle, les autorités faisaient tirer des salves d'artillerie pendant des heures.

Le twist ? Certains historiens estiment que ces explosions répétées dans des rues bondées ont parfois aggravé les choses. La panique, les foules qui fuyaient les détonations, la dispersion des populations contaminées... autant de vecteurs involontaires de propagation.

Ce n'est qu'avec Louis Pasteur et la théorie microbienne, dans les années 1860-1870, que cette pratique a définitivement été abandonnée. On a remplacé la poudre à canon par l'acide phénique, la chaux vive, puis les désinfectants modernes.

Aujourd'hui, quand tu prépares une solution hydroalcoolique ou que tu conseilles un désinfectant de surface, rappelle-toi : l'humanité a mis des millénaires à comprendre ce qu'elle combattait vraiment. Et quelques siècles à arrêter de lui tirer dessus.

Source : Pharm'Alpha