Le saviez-vous ? Le premier remède contre la dépression était de l'opium pour dames

Au XIXe siècle, la mélancolie n'était pas une maladie, c'était une faiblesse de caractère. Et le traitement ? Un sirop d'opium parfumé à la cerise, vendu sans ordonnance chez le pharmacien du coin. Bienvenue dans l'âge d'or de la dépendance recommandée par le corps médical.

1850. Une femme entre chez son pharmacien, les traits tirés, l'humeur sombre, incapable de se lever le matin. Le médecin a posé son diagnostic : neurasthénie. Traduction de l'époque : trop de sentiments, pas assez de volonté.

L'ordonnance ? Du laudanum. Un mélange d'opium dissous dans de l'alcool, agrémenté d'épices et parfois de sucre pour faire passer le goût. Inventé au XVIe siècle par Paracelse, ce liquide brun sombre était LE remède universel. Douleurs, toux, insomnies, angoisses, crampes menstruelles... le laudanum réglait tout ça en vingt minutes chrono.

Et voilà le twist : c'était massivement prescrit aux femmes. Bien plus qu'aux hommes. Pourquoi ? Parce que la médecine victorienne estimait que la femme était naturellement plus « fragile nerveusement ». Du coup, les pharmacies anglaises et américaines vendaient des préparations entières ciblées sur elles. Mrs Winslow's Soothing Syrup, Godfrey's Cordial, Ayer's Cherry Pectoral... des noms charmants pour des bouteilles bourrées d'opium pur.

Résultat ? Des millions de femmes de la classe moyenne britannique et américaine sont devenues dépendantes sans le savoir. Sans jamais avoir l'impression de « se droguer ». Elles prenaient juste leur remède du soir. Certains médecins parlaient de 10 à 15 % des femmes adultes en état de dépendance chronique à la fin du XIXe siècle.

C'est la loi Harrison de 1914 aux États-Unis, puis des réglementations similaires en Europe, qui ont mis fin à cette vente libre. L'opium a disparu des rayons. Mais la dépression, elle, est restée sans traitement sérieux jusqu'aux années 1950 et la découverte accidentelle des premiers antidépresseurs.

Aujourd'hui, quand un patient vient au comptoir chercher son antidépresseur avec une ordonnance, un suivi, un bilan - c'est pas de la bureaucratie. C'est 150 ans d'erreurs qu'on essaie de ne pas répéter.

Source : Pharm'Alpha